Parlez-moi d’amour…

Parlez-moi d’amour…

Lars Norén, abondant dramaturge suédois, aura marqué le théâtre du XXe siècle. Le comédien et metteur en scène Charles Berling, directeur de la scène nationale Châteauvallon-Liberté, rend hommage à cet homme disparu en 2021 en adaptant deux de ses pièces : C’est si simple l’amour et Lost & Found.

Appréciées du public et souvent de la critique, les pièces de Lars Norén ont régulièrement déclenché débats et discussions, et son travail a toujours été sous-tendu par la recherche de nouvelles formes de langages. Pour prendre les cas particuliers de C’est si simple l’amour et Lost & Found, ces pièces présentent de nombreux points communs : huis clos aux dialogues rigoureux, elles mettent toutes deux en scène des couples à bout de souffle, usés par les non-dits. Elles constituent un fragment des 14 pièces du cycle Pièces de mort imaginé par Lars Norén, entre 1989 et 1995. Dans ces deux œuvres, on retrouve quelques-uns des thèmes récurrents de l’écriture du suédois : le couple bourgeois et ses déchirements, la difficulté d’avoir ou de vivre avec un enfant, les ravages des névroses parentales.

Présenté du 5 au 21 mars 2025, C’est si simple l’amour met en scène deux couples. Alma (Bérengère Warluzel) et Robert (Charles Berling), couple à la ville comme à la scène, doivent faire face aux doutes d’Alma, comédienne vieillissante qui prépare avec appréhension son grand retour. Les deux amoureux invitent dans leur appartement de Stockholm, Hedda (Caroline Proust), actrice sur le déclin elle aussi, et son mari Jonas (Alain Fromager), psychologue. Au fil de la soirée et des verres d’alcool qui s’enchaînent, les langues se délient et les hôtes en viennent à régler leurs comptes devant leurs amis, d’abord amusés puis, gênés. Pourtant, ceux-ci ne sont pas en reste : leur couple est rongé depuis plusieurs années par l’infidélité et les coups bas…

Dans cette pièce au titre quasi oxymore, on assiste au déchirement de ces deux ménages avec passion, mais non sans rire : au cœur d’un conflit à son paroxysme, Norén parvient à distiller des répliques d’une drôlerie inattendue. Dans ce grand déballage, il n’y a pas de vainqueur, que des vaincus, des blessé(e)s de la vie, frustré(e)s de ne plus jouer ou de n’avoir pas eu d’enfant.

Il faudra patienter jusqu’en 2026 pour découvrir la seconde mise en scène de Charles Berling, Lost & Found, dans laquelle on retrouvera les thèmes de prédilection de Lars Norén : le couple bourgeois et ses féroces discordes, la difficulté d’avoir ou pas un enfant et de vivre avec, les ravages des névroses parentales. Deux pièces miroirs, pour deux partitions exigeantes livrées par d’excellents comédiens.

5 au 21 mars, Théâtre Liberté, Toulon. Rens: chateauvallon-liberte.fr

photo : C’est si simple l’amour © Vincent Berenger — Châteauvallon-Liberté, scène nationale