26 Fév Passion Bleue : plongée en eaux troubles
S’émerveiller de la beauté et des mystères de la mer pour mieux la préserver, en compagnie de créateurs, d’explorateurs, de scientifiques… Voilà ce que propose depuis cinq éditions le rendez-vous Passion Bleue, imaginé par la Scène nationale Châteauvallon-Liberté.
Fortement menacés par le réchauffement climatique, les océans ne semblent pas être au centre des préoccupations des dirigeants français et étrangers – malgré les déclarations d’intentions de certains. Ils sont pourtant essentiels à notre présence sur Terre : en plus de réguler le climat, ils permettent de nous nourrir, et tiennent une place essentielle dans l’économie mondiale. Pourtant, nous n’y allons pas de main morte avec nos étendues marines : émission de CO2, pollutions liées au plastique, à l’agriculture, aux eaux usées, surpêche… L’éternelle ingratitude de l’espèce humaine !
D’autant plus que les choses ne vont pas en s’arrangeant, quand on voit les politiques climatiquement dévastatrices annoncées par le sinistre clown de retour au pouvoir et au service des milliardaires américains. En quelques semaines seulement, il aura réussi à pulvériser la quasi-totalité des (maigres) efforts accomplis ces dernières années pour préserver l’écosystème, qu’il soit marin ou terrestre. Parmi ses plus brillantes idées : la sortie des Accords de Paris, la baisse drastique des budgets accordés à l’écologie, sa promesse de démanteler la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA)… Ces actions ne resteront pas sans conséquences, et ce pour le monde entier, sachant l’état de léthargie totale des autres grandes puissances en matière d’écologie.
La création au service de l’engagement
À l’heure où la sonnette d’alarme n’en finit pas d’être tirée, il est aujourd’hui plus nécessaire que jamais d’alerter, d’informer, de protéger et d’agir. Si les gouvernements ne le font pas, d’autres s’en chargeront : artistes engagé.es, navigateur.ices, explorateur.ices, scientifiques, ces personnes au contact de la mer, qui l’affrontent, la domptent ou s’en inspirent chaque jour. C’est dans cette optique que se tient chaque année Passion Bleue, rendez-vous pluridisciplinaire, dont la 5e édition se déroulera du 14 au 26 mars à Toulon. Douze jours d’une programmation alliant théâtre, expositions, cinéma, rencontres, lecture et sortie en mer, avec pour objectif d’appeler à la préservation marine. Cette étendue aussi fascinante qu’inquiétante, berceau de notre histoire, sera le théâtre d’un croisement culturel entre science et art, imaginaire et réel, poésie et science.
Une envie d’éveiller les consciences à la beauté et à la fragilité des océans, et ce dès le plus jeune âge, avec la diffusion de Ponyo sur la falaise, hommage poétique à la beauté marine par le mythique Studio Ghibli, et quelques représentations théâtrales, comme Octopus Vulgaris de la Cie Si tu m’apprivoises, ou Loin dans la mer, adaptation de La Petite Sirène proposée par la Cie l’Oiseau-Mouche. Temps fort de ce Passion Bleue #5 : la pièce chorale Requiem pour les vivants écrite et mise en scène par Delphine Hecquet. Celle-ci explore le deuil, à travers le décès accidentel d’un jeune homme lors de sauts périlleux dans les calanques de Marseille. Mêlant théâtre, danse et chant, elle offre une réflexion sur la perte et la résilience, grâce à 8 jeunes interprètes incarnant cette quête de sens, où les vivants dialoguent avec l’absence, transformant la douleur en un hymne à la vie.
Des rendez-vous s’annoncent particulièrement marquants, comme la performance du dessinateur de BD, Hippolyte, qui racontera en dessins son épopée sur la Méditerranée à bord du navire de sauvetage de l’ONG SOS Méditerranée, la rencontre avec la philosophe Corine Pelluchon pour renouveler notre idée d’écologie, ou encore la projection du documentaire Dauphins : regards humains, réalisé au cœur d’une zone dédiée à la protection des mammifères en Méditerranée.
Enfin, d’autres performances artistiques viendront rythmer cette intense semaine, comme celle du collectif Eskandar qui prendra pour inspiration la rade de Toulon, l’exposition photos de Franck Bessière dédiée aux pieuvres, et ces « lectures embarquées », au départ du port de Toulon, des récits d’aventures que David Wahl a consignés lors d’une mission scientifique à bord du Pourquoi Pas ? Ce dramaturge est notamment auteur de l’excellente pièce Le sale discours, titre qui résonne malheureusement un peu trop souvent dans nos tympans, ces derniers temps…
14 au 26 mars, lieux divers, Toulon. Rens: chateauvallon-liberte.fr