Voix de femmes, voix d’enfants

Voix de femmes, voix d’enfants

Avec sa reprise de la figure d’Antigone, Tamara Al Saadi pousse encore plus loin l’analyse de cette mythique femme, emmurée dans son silence : comment a-t-elle pu en arriver là, à se retrouver incapable d’émettre son opinion, condamnée à se TAIRE ? Elle n’a eu que pour malédiction d’être une femme… et une enfant.

Travaillant à la croisée de la recherche en sciences sociales et du théâtre, l’idée de cette pièce a émergé dans la tête de Tamara Al Saadi à la suite des chiffres alarmants concernant la santé mentale des adolescents, en particulier, ici des jeunes filles. 

Une inquiétude croissante quant à l’avenir, dans un monde où des pays régressent au point de condamner une femme pour avoir seulement fait résonner sa voix en public. Antigone est ici la personnification même de la résistance, pour interroger la façon dont les jeunes répondent aux crises économiques, sociales, écologiques : comment résister dans un monde au sein duquel seules les voix des adultes et des hommes priment sur toutes les autres ? 

TAIRE nous fait suivre l’existence de deux adolescentes. D’un côté Antigone, dont la famille chaotique est à la limite du glauque (c’est le moins que l’on puisse dire), et, de l’autre, Eden, adolescente révoltée évoluant dans notre société contemporaine, qui s’est retrouvée ballotée toute sa vie de famille d’accueil en famille d’accueil. Deux parcours qui s’entrechoquent, puis s’éloignent à nouveau avec pour points communs cette impuissance et cette quête de sens. Comment, avec des voix d’enfants, se dresser contre l’institution ? Comment essayer de tenir tête malgré tout, même si l’on n’obtiendra pas gain de cause ? Enfant vient du latin Infans, qui signifie celui qui ne parle pas. Tout est écrit, tout est dit, avant même que le rideau ne se lève en début de représentation. 

Ce sont ensuite les douze interprètes sur scène, bien aidé par une création sonore à laquelle a participé le musicien Bachar Mar-Khalifé, qui se chargeront de transmettre le message de ce spectacle brûlant et poétique, réservé à un public averti de plus de 14 ans.

5 au 8 mars, La Cuisine – Théâtre national de Nice. Rens: tnn.fr • 13 & 14 mars, Châteauvallon, Ollioules. Rens: chateauvallon-liberte.fr

photo : répétitions Taire © Geoffrey Posada Serguier