30 ans et toujours La Haine

30 ans et toujours La Haine

« Jusqu’ici, tout va bien. » On se souvient de cette phrase prononcée par Hubert et répercutée à l’infini à la fin de La Haine. Signé Mathieu Kassovitz, ce film culte a été récompensé du prix de la mise en scène au Festival de Cannes en 1995 et du César du meilleur film en 1996, marquant profondément l’histoire du cinéma et de la musique. Il est aujourd’hui adapté à la scène, en comédie musicale.

On aurait aimé que ce long-métrage atypique, tourné en noir et blanc, reste le témoin d’une époque révolue. Pourtant, trois décennies plus tard, son sujet est toujours aussi brûlant d’actualité. En 2025, les violences policières sont omniprésentes, les conditions de vie en banlieue n’ont guère évolué, et le racisme comme l’islamophobie imprègnent désormais ouvertement le débat public et politique, jusqu’aux plateaux des grandes chaînes de télévision. « Jusqu’ici, rien n’a changé« , c’est le triste constat dressé par Mathieu Kassovitz et le producteur de spectacles Farid Benlagha Le Hazi. Face à cette réalité, ils décident de donner une seconde vie au film à travers un spectacle ambitieux mêlant théâtre, musique, danse, cinéma et nouvelles technologies. Une autre manière de raconter l’histoire de ces trois jeunes hommes dont la vie bascule en une nuit, après le passage à tabac d’un de leurs camarades par un inspecteur de police.

Une succession de quinze tableaux permet de suivre Hubert, Vinz et Saïd embarqués dans leur errance urbaine, rythmée par les heures qui passent, tandis que rap et danse s’entrelacent aux scènes. Ce qui frappe ici, c’est la place centrale de la musique : si La Haine reste indissociable du rap (la scène avec DJ Cut Killer… et une vache… mythique !), la bande-son du film original était étonnamment épurée. Cette adaptation lui redonne toute son importance, intégrant non seulement le rap, mais aussi l’électro et les musiques du monde. Chaque scène, chaque point de vue, chaque élément de mise en scène ont été pensés par Mathieu Kassovitz et le comédien Serge Denoncourt pour plonger le spectateur dans le rôle de réalisateur, et dont le regard devient l’objectif de la caméra.

La force du spectacle réside dans sa capacité à toucher à la fois ceux qui ont découvert le film à l’époque et grandi avec, et les nouvelles générations, leur offrant un regard neuf sans jamais trahir l’héritage de cette œuvre toujours aussi actuelle, 30 ans après. 

Après avoir pu revoir sur grand écran, à la Cinémathèque de Nice début mars, cette œuvre phare du 7e Art français, en présence du producteur du spectacle et d’Alivor, comédien qui incarne Hubert, le pu-blic azuréen aura la chance de découvrir le show au Palais Nikaia en avril.

26 avr, Palais Nikaia, Nice. Rens: nikaia.fr

photo : La Haine © Anthony Ghnassia

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