26 Mar Au plus près du public
« Les Estivants est une compagnie de théâtre de salle qui aurait préféré être une compagnie de théâtre de rue« , indique la biographie de cette troupe créée en 2016, à Marseille, par Johana Giacardi. Les spectacles La Saga de Molière et C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule, actuellement en tournée dans la région, en sont la parfaite illustration.
Moquée par quelques intellectuels et « cultureux » étriqués, après l’échec de son premier spectacle, Johana Giacardi décide de prendre la route avec ses nouveaux acolytes pour proposer Camping Show, une parodie délirante des habitudes des vacanciers, dans une forme volontairement foutraque et déjantée.
Durant cette tournée, la comédienne et dramaturge découvre Le Roman de Monsieur de Molière de l’écrivain russe Mikhaïl Boulgakov… « Ce n’est pas tant l’œuvre qui m’intéresse que la vie de cet homme et, à travers lui, celle d’une troupe de théâtre« , explique celle qui se sent alors une affinité particulière avec Molière, parti lui aussi sur les routes après de cinglants revers essuyés à la capitale. En dignes héritiers de l’Illustre Théâtre, troupe fondée par Jean-Baptiste Poquelin, Les Estivants décident donc de donner un souffle de modernité au théâtre de tréteaux, avec la création de La Saga de Molière, deux ans plus tard.
Johana Giacardi s’attaque ici à un monstre sacré, mais consciente que l’histoire du célèbre acteur, chef de troupe auteur et metteur en scène a déjà été racontée un nombre incalculable de fois par des spécialistes, elle choisit d’imaginer un récit volontairement approximatif, « s’arrangeant avec l’Histoire, faisant bon ménage avec la vérité, multipliant les digressions et accumulant les anachronismes« , à la manière d’Alexandre Astier dans Kaamelott. Tout y passe : la découverte du théâtre, les études de droit, le refus d’une carrière confortable, les années d’errance en province, les courbettes devant les autorités locales pour obtenir l’autorisation de jouer, l’arrivée à la Cour, la gloire, les polémiques, la censure… Abolissant la frontière avec le public, échangeant leurs rôles au fil de la représentation, les cinq comédiennes de la compagnie marseillaise s’amusent à raconter la vie de Molière selon leur propre vision du théâtre de l’époque, et en créant des ponts avec leur histoire personnelle.
Puis, Johana Giacardi va encore plus loin en prenant directement le public comme point de départ de son dernier spectacle C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule, imaginé après avoir découvert l’émission de radio Allô Macha, diffusée sur France Inter chaque nuit de 1977 à 2006. « La radio de nuit m’est apparue immédiatement comme un terrain de jeu inouï : les sujets abordés n’ont rien à voir avec ceux du jour, les formats sont plus improvisés et moins standardisés« , explique-t-elle.
Elle décide donc de transposer le principe de l’émission au théâtre, et de donner la parole au public. Tout se déroule dans un dispositif scénique circulaire, brisant le quatrième mur et facilitant les échanges. Les interventions se succèdent, mais un doute subsiste : les témoignages sont-ils réels ou écrits ? Et qu’en est-il de leurs auteur.es : simples spectateur.trices ou comédien.nes ? Au fond, quelle importance… Car public et professionnels participent à une expérience théâtrale collective singulière, où les récits pourraient finalement tous se révéler bien réels… où les récits pourraient finalement tous, s’avérer parfaitement réels…
La Saga de Molière, 22 avr, Théâtre de la Licorne, Cannes – 4 juin, Cour du château, Mouans-Sartoux – 5 juin, Pinède Daudet, Peymeinade – 6 juin, Place Pons Rebuffel, Escragnolles. Rens: cannes.com, theatredegrasse.com
C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule, 1er avr, Salle Juliette Greco, Carros. Rens: forumcarros.com
photo : La Saga de Molère © Camille Lemonnier