26 Mar Aventurier de la lumière
Dans Sillage, présentée actuellement à l’Espace de l’Art Concret, Mustapha Azeroual réunit un ensemble d’expériences sur la captation de la lumière et la perception sensorielle, convoquant à la fois la vue, l’ouïe… et l’odorat. Des œuvres réalisées pendant une résidence au Centre de la photographie de Mougins.
Si l’éclairage soutient le narratif dans la photographie, il importe aussi de conduire une réflexion sur la seule lumière comme support fondamental de ce medium. Dans une démarche conceptuelle et expérimentale, l’artiste franco-marocain Mustapha Azeroual poursuit ses recherches en évacuant tout autre sujet que la captation et la perception de la lumière. Et, quand une approche conceptuelle peut souvent dérouter par excès d’hermétisme et lourdeur théorique, voici au contraire une approche « lumineuse », ouverte au vivant et privilégiant la réception sensorielle.
Dans le cadre d’une résidence au Centre de la photographie à Mougins, en relation avec l’identité de ce territoire, l’artiste s’est emparé de la lumière du Sud à partir d’explorations physico-chimiques, optiques et électroniques. Dans des installations immersives, le visiteur est invité à éprouver le pouvoir de la lumière sur les sens à partir de situations qui renvoient aux émotions qu’une œuvre d’art peut susciter. D’emblée le support photographique n’apparaît pas tant il se dissout dans des gammes colorées qui pourraient appartenir à un peintre. Les expériences s’imprègnent de magie quand la science rencontre la poésie et, au cœur de l’abstraction, voici que le spectre lumineux déploie, entre éléments floconneux ou soyeux et éblouissement, le vertige de l’émotion quand celle-ci accède aux lisières d’un mystère qu’il faut élucider. Mustapha Arezoual nous conduit sur ces territoires inexplorés à partir de manipulations hermétiques à base de « photogrammes à la gomme bichromatée polychrome multicouche » et autres formules magiques pour nous envelopper dans le poudroiement d’une sublime nébuleuse entre lune et soleil. Parfois tactile, parfois renvoyant au parfum — lorsque l’artiste l’ajuste à la chaleur en collaboration avec le parfumeur de Grasse, Fabrice Pellegrin — chacune des œuvres présentées développe sa propre partition.
Il est rare que la photographie, en se détachant de toute représentation, s’érige en spectacle d’elle-même. Cette fascination pour la lumière pousse l’artiste à explorer toutes les limites du medium et à s’aventurer là où d’ordinaire la photographie est absente, ou bien elle serait à réinventer. Nous voici projetés dans le cœur fusionnel de l’art, dans des réminiscences qui pourraient être celles de l’Orphisme et de Sonia Delaunay, de l’horizon tremblé d’une toile de Rothko et de tous ces aventuriers de la lumière. Tandis qu’avec l’installation vidéo de l’artiste, Par une nuit sans lune, une lumière noire irradie la mer dans le battement de vagues. Au-delà de la magie noire, l’or de la nuit…
Jusqu’au 31 août, Espace de l’Art Concret, Mouans-Sartoux. Rens: espacedelartconcret.fr
photo : vue de l’exposition à l’eac. (The Green Ray C 1-2-3, 2024, impression UV sur panneaux lenticulaires circulaires, diamètre 120 cm, Courtesy Mustapha Azeroual / BMW Art Makers / Galerie Binome, Paris • The Green Ray # 3 Mediterranean Sea, 2024, impression UV sur panneau lenticulaire, 200 x 120 cm, Courtesy Mustapha Azeroual / BMW Art Makers / Galerie Binome, Paris • Sillage, 2025, oeuvre olfactive, dimensions variables : disque de terre cuite diamètre 22 cm, huile parfumée, lampe infrarouge, collaboration avec Olivia Barisano – Terrail et Fabrice Pellegrin – dsm-firmenich, Courtesy Mustapha Azeroual / Galerie Binome, Paris) © crédit photo eac. © Adagp, Paris 2025