Les mille et une vies de Pari Ravan

Les mille et une vies de Pari Ravan

Chaque village cache un ou plusieurs artistes emblématiques. À Saint-Jeannet, la peintre et sculptrice Pari Ravan nous a chaleureusement ouvert les portes de sa maison-musée. En commentant ses œuvres, l’artiste nous a confié son parcours de vie hors normes. Un parcours qui l’a menée de son Iran natal, à l’Allemagne, et, enfin, en France. Au cours de sa vie, elle a exercé les métiers de médecin, psychanalyste… et pilote de ligne ! Avec l’art pour fil conducteur depuis sa jeunesse. Juste retour de vie(s), Pari Ravan expose ses œuvres dans le monde entier.

Nichée entre les baous de La Gaude et de Saint-Jeannet, la maison de l’artiste Pari Ravan dévoile des œuvres d’une grande diversité : sculptures en métal, sculptures en acier et résine, céramiques, tableaux métaphysiques, peintures murales, jusqu’à sa voiture et son parapluie, peints par ses soins. L’art est partout sous les doigts et dans l’esprit de cette femme, belle, élégante, rieuse et généreuse, dont le prénom signifie ange ou fée. Les animaux sont au cœur de son œuvre : des grues, des chouettes, des insectes… mais aussi des statues anthropomorphes, notamment des femmes à tête de chat, des personnages à tête de chien ou de renard. Comme en Inde, en Égypte ou encore dans l’art surréaliste, l’une des grandes influences de Pari Ravan.

On reste un peu sans voix lorsque l’on parcourt… votre parcours. Vous avez eu 1 000 vies !

J’ai eu plusieurs vies parallèlement. Depuis ma jeunesse, en Iran, mon pays d’origine, mon fil conducteur c’est l’art. À 14 ans, j’ai gagné un premier prix de peinture lors d’un concours de jeunes artistes iraniens. C’était une époque où les artistes pouvaient s’exprimer, et d’ailleurs la reine d’Iran elle-même, Farah Diba Pahlavi, était passionnée par les arts. J’ai ensuite étudié aux Beaux-Arts de Téhéran. À 17 ans, je suis partie en Allemagne afin de perfectionner mon travail. Mais mon père pensait qu’on ne pouvait pas vivre de l’art, et pour lui, il était très important que je ne dépende de personne. Dans notre famille, il y a beaucoup de médecins et d’avocats. Mon père voulait que je devienne pédiatre. J’ai donc commencé des études de médecine, tout en poursuivant les cours de peinture et en participant à des expositions. À la mort de mon père, je me suis senti libre de changer de voie. J’ai commencé la psychiatrie et la psychanalyse, une discipline plus proche des arts. J’ai opté pour la pensée de Carl Gustav Jung, l’étudiant de Freud, qui a basé ses théories sur les histoires et les comportements humains. Jung était artiste-peintre également. J’ai exercé en Allemagne en tant que psychiatre, mais considérant que les médecins finissent par devenir aussi malades que leurs patients, j’ai cherché de nouveau une autre voie ! 

Et c’est là que vous avez décidé de devenir pilote de ligne ?

Comme mon mari voyageait beaucoup, et que, dans l’éducation de mon père, il faut toujours viser plus haut, j’ai suivi une formation de pilote. J’ai décroché ma licence de pilote de ligne ATPL (Air transport pilot licence) et travaillé pour la Lufthansa. Pendant longtemps, j’ai été la seule femme pilote en Allemagne. Je me suis même acheté un petit avion à une époque. Il y avait du soleil à Dijon ? Eh bien, j’y allais. J’aime être libre. Étudiante, j’ai également pratiqué le parachutisme. À l’époque, je ne pesai que 45 kilos, j’étais obligée de sauter avec une ceinture en plomb ! 

Vous êtes née en Iran. Quels liens avez-vous gardés avec votre pays ?

J’en suis partie à 18 ans, mais j’ai continué à voir régulièrement ma famille. Puis avec le changement de régime, la dictature, je n’y suis plus retourné, comme nombre de familles.

Vous êtes exposée en France, en Allemagne, en Autriche, au Japon, aux États-Unis… Pourquoi avoir choisi de vivre à Saint-Jeannet ?

Un choix coup de cœur. Je connaissais Michael Schumacher, dont la famille vivait à Cologne, mais qui habitait à Monaco. Il avait son propre avion. En phase d’atterrissage, je voyais les deux baous, de La Gaude et de Saint-Jeannet. Cela m’a plu. Mon mari était passionné de montagne. Nous nous sentions tous deux très proches de la culture et de la langue française. Nous voulions également pouvoir aller à pied acheter une baguette, avoir une belle vue sur la mer, comme dans un cockpit… Nous avons beaucoup cherché autour des baous. Nous avons rendu les agences folles. Et finalement c’est notre chien qui a choisi le terrain et l’emplacement et nous avons pu rénover la maison de nos rêves ! 

Concernant votre art de la sculpture, vous avez opté pour le bronze, l’acier, la résine et les couleurs vives. On le voit en regardant votre jardin, votre thème de prédilection ce sont les animaux ? Votre courant, le surréalisme romantique ?

Ça change ! Je suis passionnée par les oiseaux en ce moment. J’ai vu une jolie mouette en bord de mer récemment, alors j’ai fait une mouette bleue ! Je mélange les animaux et la psychologie ; les animaux et les humains ont souvent le même caractère. Comme mon avocat en costume avec sa tête de renard ! Je fais effectivement partie du courant surréaliste. André Breton a fondé le surréalisme et rappelons-nous qu’il était lui aussi médecin et s’est intéressé de près à la psychiatrie et plus particulièrement à l’inconscient.

Vous êtes bien connue également pour vos femmes-chat…

Le chat occupe une place majeure dans la culture des pharaons. Les chats sont très importants dans nos vies, avec ce mélange d’indépendance et d’amour. Les chats sont restés en Europe grâce aux Phéniciens. Au Moyen Âge, les chats ont failli être exterminés et ont sauvé des villageois de la peste. J’ai eu beaucoup d’animaux de compagnie, surtout des chats. J’accueille aussi les chats errants !

De quoi êtes-vous la plus fière dans votre parcours ?

Dans mon éducation toujours, il faut rester modeste. J’ai eu de la chance, et j’en suis reconnaissante. C’est avant tout une histoire de contacts, de rencontres. Je suis très souvent invitée aux vernissages et si je peux faire aider et faire connaître d’autres artistes, je le fais toujours.

J’ai participé à plus de 300 expositions dans le monde, je suis représentée dans 13 musées, dans des communes, des églises… J’ai gagné de nombreuses récompenses artistiques dans de nombreux pays. Je suis rassasiée, je laisse la place aux jeunes et aux autres artistes ! 

L’une de mes récentes sculptures a été installée sur le bord de mer de Saint-Laurent. Ce qui me fait plaisir, c’est de recevoir des mails de promeneurs, qui se sont débrouillés pour trouver mon adresse ! 

Je suis particulièrement heureuse d’avoir quatre de mes œuvres présentes ici, à Saint-Jeannet, et plusieurs dans la région : à Nice, au monastère des dominicains par exemple, à Gattières, à Cannes, à Saint-Jean-Cap-Ferrat, à Beaulieu-sur-Mer, à Colomars, à Menton…

L’exercice de la médecine ne vous a-t-il jamais manqué ?

J’ai exercé pendant 24 ans. Je continue à donner des conseils parfois et ma psychanalyse est dans mes sculptures !

Quelle est votre actualité du moment ?

J’ai plusieurs sculptures en commande. Du 19 au 22 février, j’ai participé à Art Capital, pour la 15e fois, au Grand Palais à Paris. Ce n’est pas facile de vivre avec moi, je suis toujours en activité ! Je m’émerveille sans cesse comme une enfant. Je pense être un chat, mais mon mari me dit : « Tu n’es pas un chat, tu es un tigre, c’est pour cela que j’ai des cheveux blancs !« 

Rens : pari@ravan.de

photo : Pari Ravan © DR