26 Mar Médiavivant, le bien nommé
À Draguignan, le 1er avril, le journaliste Jean-Baptiste Mouttet proposera une expérience originale : Autopsie d’un crime contre les quartiers populaires, une « enquête sur scène » réalisée pour Médiavivant. Juste retour des choses, sachant que le théâtre fut l’un des premiers médias de l’histoire humaine…
Selon les derniers chiffres : seuls 32% des Français pensent que l’on peut avoir confiance dans ce que disent les médias sur les grands sujets d’actualité… Un chiffre à relativiser, notamment plombé par l’influence des réseaux sociaux (merci M. Musk et ses copains), puisqu’entre 60 et 70% (selon le support concerné) déclarent faire encore confiance aux médias dits « traditionnels ». Des chiffres plus que logiques étant donné le manque d’indépendance et l’accélération du phénomène de concentration des médias qui s’est amplifié ces dernières années. Ou encore l’installation de l’extrême droite au sein de ces mêmes médias…
Aussi, au sein d’une société où la défiance du public est forte, les formats innovants ont un rôle à jouer. « Il fallait trouver un moyen de recréer le lien, de casser les barrières économiques, culturelles, sociales qui séparent le citoyen de la presse« , indique Jean-Baptiste Mouttet, cofondateur de Médiavivant. Ce média marseillais s’est fixé pour objectif de « renouer le lien entre la société et le journalisme et de permettre à un large public d’accéder à l’information« . Pour cet homme de média, indépendant depuis plus de 15 ans, collaborateur de Mediapart et Society, « le journaliste, ses sources, doivent être au plus près du public, tous réunis dans un élan de partage et l’envie d’apprendre« . La scène devient alors un espace d’échange, où l’information — l’histoire — prend vie.
Au Pôle Culturel Chabran de Draguignan, leur toute première enquête réalisée en 2021, Marseille 1943 – Autopsie d’un crime contre les quartiers populaires, se révélera devant un parterre de spectateurs. À l’origine du sujet : une plainte pour crimes contre l’humanité, déposée par l’avocat Pascal Luongo en 2019, qui a remis en lumière l’évacuation forcée de 20 000 habitants de Marseille en 1943, sous l’Occupation. Cette rafle menée par les autorités françaises et les nazis — la plus grande après celle du Vel d’Hiv, ancrée dans les mémoires — reste à ce jour plutôt méconnue malgré son ampleur : 800 personnes furent en effet déportées, et 14 hectares de la ville furent dynamités.
Lumières éteintes dans la salle, seules quelques images sont projetées sur un écran, et une voix résonne. Celle de Josette Lombardi, qui raconte son 24 janvier 1943. Puis Jean-Baptiste Mouttet développe son enquête, initialement publiée par Mediapart, mettant en lumière ce crime tombé aux oubliettes. Les témoignages se succèdent sur scène, certains en chair et en os, plongeant l’assistance dans l’émotion brute du récit. Comme Antoine Mignemi, rescapé, évoquant ses douloureux souvenirs les yeux humides. Le public réagit, s’émeut. Il n’est pas ici question d’un making-of de l’enquête, mais bien du récit de celle-ci. Une performance — soutenue par une véritable équipe : son, lumières, mise en scène — s’inscrivant dans une volonté de réinventer le journalisme. Car une information incarnée est souvent bien plus percutante pour le public.
Trafic de drogue, Marioupol, Extrême Droite, JO, l’aventure des « Minots » de l’OM… Ces Enquêtes sur scène se poursuivent aujourd’hui. N’hésitez pas à vous rendre sur mediavivant.fr pour découvrir le travail de ces activistes de l’info et, si le cœur — et le portefeuille — vous en dit, à soutenir ce média 100% indépendant.
1er avr, Médiathèque Jacqueline de Romilly – Pôle Culturel Chabran, Draguignan. Rens: culture.dracenie.com
photo : © Mörgan Bourdeau