26 Mar Quand l’image devient un acte politique
Le cinéma LGBTQIA+ a toujours été bien plus qu’un simple miroir tendu vers nos réalités : il est une force de transformation sociale, un espace de réinvention des récits et des identités. Participer aux 17e Rencontres cinématographiques In&Out, du 17 au 28 avril à Nice, est donc plus qu’un simple divertissement, c’est un véritable engagement.
Longtemps marginalisées, les voix queer s’affirment aujourd’hui avec détermination, bousculant les normes et revendiquant des représentations authentiques. Dans un monde où les combats pour la visibilité et l’égalité restent cruciaux, chaque festival, chaque film, chaque image devient un acte politique, un pas de plus vers une société plus inclusive. Aussi, avons-nous à cœur de défendre le travail de l’association Les Ouvreurs, qui œuvre, depuis 2009, à la prévention des violences sexistes et LGBTphobes et à la défense des cultures queer, en intervenant en milieu scolaire, en proposant des formations, et en organisant chaque année ses Rencontres cinématographiques In&Out, à Nice, Cannes et Toulon.
En ce printemps 2025, le volet niçois célèbrera ses 17 ans, avec, comme toujours, une programmation engagée et audacieuse, rassemblant cinéphiles, artistes et activistes. Toujours très réussie, l’affiche du festival, créée cette année par l’artiste Romy Alizée, met en scène un baiser sensuel, symbole du désir de liberté. Une liberté dont jouira le public, qui aura le choix parmi 28 projections et une myriade d’événements, en compagnie de 25 invités, qui viendront échanger autour des thématiques essentielles du monde queer contemporain. Voici quelques temps forts !
Panorama du cinéma queer
Le Cinéma Variétés accueillera la 2e Nuit du Queer-Métrage, pour une immersion dans le meilleur de la production courte récente. Parmi les films projetés : Carpobrotus de Simon Frenay, You Can’t Get What You Want But You Can Get Me de Samira Elagoz et Z Walsh (récompensé à Écrans Mixtes 2025), ou encore Coeurs Perdus de Frédéric Lavigne.
Les cinémas Rialto et Belmondo projetteront quant à eux une sélection de longs-métrages de fiction internationaux, dont certains présentés en avant-première. À l’affiche : la fameuse Trilogie d’Oslo de Dag Johan Haugerud, dont le dernier volet Dreams a remporté l’Ours d’Or à la 75e Berlinale, mais aussi Egoist de Daishi Matsunaga, Moi, ma mère et les autres de Iair Said, ou encore Mascarpone 2 – The Rainbow Cake d’Alessandro Guida. Du côté des documentaires, des projections en présence des réalisateurs viendront enrichir le débat autour des luttes LGBTQIA+, comme Act Up ou le Chaos de Pierre Chassagnieux et Matthieu Lère.
Week-end de la visibilité lesbienne
La Villa Arson, le Cinéma Le Belmondo et le Théâtre La Semeuse seront les lieux phares d’un week-end consacré à la visibilité lesbienne. Notez la table ronde La place des cinéastes lesbiennes dans le cinéma français, en compagnie de Catherine Corsini, Romy Alizée et Coralie Prosper, la sélection de courts-métrages — la bien nommée Short en queer — de jeunes réalisatrices, ou encore le spectacle de clown Comment l’amour… fera définitivement exploser ce vieux monde rance et pourri ? proposé par la Cie À nos joies !
La libraire Les Parleuses accueillera pour sa part une rencontre autour du livre Le Déni lesbien, avec la chanteuse et actrice Aloïse Sauvage, l’autrice et activiste Mathilde Viot, et l’autrice Marcia Burnier.
Réflexions sur les identités homosexuelles arabes
Espace de découverte littéraire, d’échange, cet établissement, qui tient son nom du livre d’entretiens entre Marguerite Duras et Xavière Gauthier paru il y a 50 ans, sera aussi le théâtre d’une discussion autour de la construction des identités homosexuelles arabes dans un monde postcolonial. L’écrivain marocain Abdellah Taïa et l’auteur palestinien Karim Kattan partageront leurs perspectives et expériences à travers leurs œuvres respectives.
Hommages et mémoire
Deux figures majeures de l’histoire queer seront mises à l’honneur cette année. Une cérémonie de commémoration sera organisée au Cimetière de Caucade sur la tombe de Magnus Hirschfeld, mort il y a 90 ans, accompagnée de projections de films évoquant son héritage scientifique et militant. Tandis que le cinéaste Lionel Soukaz, disparu en février 2024, sera célébré avec la projection de son film documentaire Race d’Ep (1979) et une intervention de Marc Lamonzie sur l’histoire des homosexualités masculines.
Se souvenir, encore… avec l’exposition Mémoire manquante : Nice Queer, une histoire à écrire qui s’installera dans de multiples lieux culturels de la ville, pour former un parcours en cinq thématiques retraçant la mémoire LGBTQIA+ locale. Une occasion d’explorer les archives, les récits et les figures qui ont marqué la communauté queer azuréenne.
Car, une chose est sûre : si l’aptitude à se souvenir du passé et celle à se projeter dans l’avenir sont liées, le rapport que nous entretenons avec notre mémoire n’a jamais été aussi férocement bouleversé que dans le monde actuel. Un bouleversement en partie dû à une utilisation parfois nocive de la technologie, et à quelques puissants hommes, virilistes et rétrogrades, ayant brutalement décidé de faire machine arrière et d’à nouveau invisibiliser toute une culture, tout un pan de la population mondiale qui n’aspire qu’à une seule chose : vivre en paix.
17 au 28 avr, lieux divers, Nice. Rens: lesouvreurs.com
photo : Mascarpone 2 – The Rainbow Cake © Alessandro Guida