Ultimes éclats d’un maître

Ultimes éclats d’un maître

À Nice, le Musée national Marc Chagall propose une rétrospective exceptionnelle sur les dernières années de l’artiste, alors installé à Saint-Paul-de-Vence. Une période marquée par une créativité intense et une recherche permanente de la lumière.

Installé à la villa La Colline à Saint-Paul-de-Vence de 1966 jusqu’à sa mort en 1985, Marc Chagall réalisera durant cette période une série de projets monumentaux, dont des vitraux, des mosaïques et, bien sûr, la création du Musée national Marc Chagall — premier musée dédié à un artiste vivant — en 1973. L’artiste collabore alors avec le lithographe Charles Sorlier, et produit près de la moitié de toutes ses lithographies. L’exposition en présente une grande partie, enrichie de peintures, tapisseries et projets de vitraux, témoignant de l’intensité créative de cette phase de sa carrière. 

L’exposition met en lumière des thèmes fondamentaux pour Chagall, à l’instar de l’autoportrait qui, loin de chercher une représentation fidèle de l’artiste, s’impose comme une exploration de son monde intérieur. Dans ses dernières œuvres, il se représente symboliquement, notamment dans L’Adieu (1985), ou bien se montre avec sa palette, devant son chevalet. Ensuite, c’est le thème du couple, inspiré par son épouse Bella Rosenfeld, qui prédomine. Les figures d’amoureux entrelacés, flottant dans les airs, expriment l’amour comme une quête universelle du bonheur. Par ailleurs, Chagall continue d’explorer le cirque, un motif récurrent dans son œuvre. Le saltimbanque devient une métaphore de l’artiste sacrificiel, tandis que le cirque se fait aussi une satire de la société, entre cruauté et fantaisie. 

Enfin, la Bible reste un sujet central, notamment à travers ses lithographies. Depuis les années 1930, Chagall revisite des scènes issues du texte sacré, leur octroyant une dimension universelle et spirituelle. En parallèle, le peintre — très sensibilisé par la montée de l’antisémitisme, il est né dans une famille juive hassidique — diffuse dans ses œuvres un message de paix et de réflexion sur l’avenir du monde. Ultime manifeste, le Musée national Marc Chagall incarne l’aboutissement de son œuvre, un lieu qui synthétise son engagement artistique et sa vision de l’art comme un bien universel. Intitulée Chagall 1966-1985. Dans la lumière de Saint-Paul-de-Vence, cette rétrospective invite à découvrir un Chagall engagé, visionnaire et profondément humaniste, qui poursuivra sans relâche la quête de lumière et de beauté, jusqu’à ses derniers jours.

Jusqu’au 5 mai, Musée national Marc Chagall, Nice. Rens: musee-chagall.fr

photo : Marc Chagall, Paysage méditerranéen, 1971. Tapisserie de haute-lisse, laine. Nice, musée national Marc Chagall, dépôt du Mobilier national et Manufacture des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie, Paris, acquisition en 1972 [DMBMC 21972.2.1]. Photo : © GrandPalaisRmn / Adrien Didierjean © Adagp, Paris, 2025