Va, pensée, sur tes ailes dorées…

Va, pensée, sur tes ailes dorées…

C’est au Palais Neptune, les 1er et 3 avril, que l’Opéra de Toulon programme, en version concert, une des œuvres les plus emblématiques du répertoire lyrique : Nabucco, premier grand succès de Verdi. 

Retraçant l’épisode biblique de la captivité des juifs à Babylone, ce chef-d’œuvre de Verdi impose une incroyable distribution et impressionne par l’énergie de la musique et ses airs majestueux, parmi lesquels le célèbre chœur des esclaves Va, pensiero (traduisez va, pensée), que le chœur de l’Opéra de Toulon interpréta récemment pour attirer l’attention sur son licenciement annoncé en janvier dernier… 

En tête d’affiche de ce Nabucco : un baryton géorgien applaudi dans Rigoletto en 2023, Nikoloz Lagvilava, dans le rôle du Roi de Babylone, et Ewa Vesin, magnifique Tosca en 2022, qui incarnera Abigaïlle. L’Orchestre et le Chœur de l’Opéra de Toulon, accompagné par le Chœur de l’Opéra de Nice, seront dirigés par Yi-Chen Lin, jeune chef taïwanaise.

Désespéré après la mort de ses deux jeunes enfants, puis de son épouse en 1840, Verdi ne voulait plus composer. Pour lui, tout était fini… La mort rôdait le privant de ses êtres les plus chers. Pensif, accablé, il croise Bartolomeo Merelli, directeur de la Scala qui glisse dans ses mains un livret de Temistocle Solera, d’après Nabuchodonosor d’Auguste Anicet-Bourgeois, qu’il refuse au départ, avant de finalement s’y intéresser. C’est pour lui une renaissance : il compose Nabucco, qui sera créé à la Scala de Milan le 9 mars 1842, avec Giuseppina Strepponi, qui deviendra sa femme… 

Nabucco fut le premier vrai succès de Verdi, l’opéra qui fit de lui le premier grand Compositeur d’Italie en l’identifiant publiquement en raison du sujet, aux aspirations politiques du pays. Il ne faut pas seulement attribuer ce succès aux qualités musicales de l’œuvre, mais aussi à la façon dont Verdi sut exprimer le désir de liberté et d’autonomie de ses compatriotes. Chaque italien qui entendait Va, pensiero ne pouvait manquer de s’identifier au chœur des exilés qui le chantaient, vite devenu l’un des plus populaires de l’époque. Franz Werfel, dans son édition des lettres de Verdi, a décrit l’enterrement de Verdi à Milan : « Alors se produisit l’un de ces rares et grands moments où le peuple et la musique ne font qu’un. Sans que rien n’ait été préparé d’avance, inexplicable, le chœur de Nabucco, celui-là même par lequel Giuseppe Verdi avait personnifié la consolation et l’espoir pour ses compatriotes, quelque soixante années auparavant, « Va, pensiero, sull’ali dorate« , s’éleva soudain de l’immense foule rassemblée… » Tout un symbole.

1er & 3 avr, Palais Neptune, Toulon. Rens: operadetoulon.fr

photo : Ewa Vesin © DR