23 Avr Balade au « Val de la tranquillité »
En 2025, Menton célèbre le 150e anniversaire du Jardin botanique Val Rahmeh. Une histoire marquée par les aménagements et les plantations initiés par ses occupants successifs, jusqu’à sa donation à l’État, en 1966. Aujourd’hui, le Musée National d’Histoire Naturelle en assure la gestion. Visite.
A l’intersection d’un havre naturel et d’une architecture conçue par l’homme, tout jardin s’apparente à un œuvre d’art qui nous rattache aux racines du monde et aux premiers souffles de l’humanité quand celle-ci se pare de mythologies pour traduire le hasard des pluies, la colère des vents ou le feu du soleil. Le jardin en est le réceptacle et en assure la mémoire tout en développant constamment les germes d’une vie nouvelle. Jardinier en herbe, botaniste pointilleux ou simple promeneur, chacun y trouvera sa propre lecture et y glanera quelques graines de poésie.
Adossé aux derniers contreforts des Alpes, au pied de la Méditerranée, et à quelques encablures de la frontière italienne, le Jardin botanique Val-Rahmeh jouit d’un climat particulièrement propice au développement de quelque 1800 espèces de variétés méditerranéennes, tropicales et subtropicales. L’humidité qui remonte de la mer pour se heurter à la roche a permis cette éclosion végétale qui fascina les riches anglais, quand, au début du XIXe siècle, ils découvrirent cet amphithéâtre naturel et s’y installèrent. Plusieurs propriétaires se succédèrent et la villa se modifia. L’espace évolua au fil du temps, chemins et terrasses s’engouffrèrent peu à peu dans une débauche d’arbres et de fleurs jusqu’au jour où, en 1966, sa dernière propriétaire, Miss Campbell, dut s’en séparer. Répugnant à la livrer à la convoitise des promoteurs immobiliers, elle confia alors la propriété à l’État. Depuis, la gestion en échut au Musée National d’Histoire Naturelle.
En contrebas d’une villa de style italo-provençal, un bassin fut créé pour y établir de nombreuses espèces aquatiques et contribuer ainsi aux multiples missions de ce jardin – conservation d’espèces menacées, mais aussi recherche, expertise, sélection des graines et pédagogie à destination du grand public. Errer au cœur de ce domaine, c’est désormais, pour le visiteur, expérimenter une immersion dans le règne végétal, ses floraisons et ses senteurs, un ciel sculpté par la découpe des feuillages et une terre retournée par les plantes qui surgissent entre la verticalité des troncs d’arbres et le foisonnement des fruits ou des couleurs qui embrasent l’ensemble. Trompettes des anges, oreilles d’éléphants, oiseaux de paradis blanc, lanternes chinoises ou jasmins de nuit, autant de plantes magiques pour nous plonger dans les délices d’un rêve éveillé…
Le site est désormais dédié à la préservation de la biodiversité et les mots de Val Rameh trouvent leur origine dans celui de Rahmeh Théodora Swinburne, épouse de Sir Radcliffe qui mourut en 1924 et dont le nom signifiait tranquillité. Ce « Val de la tranquillité » oscille aujourd’hui entre les frondaisons exotiques, les restanques d’oliviers, le parfum des agrumes et les palissades de bambous. Comment pourrions-nous échapper à ces instants de bonheur que nous apportent la caresse d’un feuillage, l’étincelle d’une fleur, la douceur d’une ombre dans le ruissellement de la lumière méditerranéenne ?
Rens: jardinbotaniquevalrahmehmenton.fr
photo : Bassin du Jardin botanique Val-Rahmeh © MNHN – A. Iatzoura