23 Avr Chostakovitch, en sons et images
De grands interprètes, un ciné-concert et un rendez-vous jeune public permettront au public monégasque d’approcher le génie de l’un des plus grands compositeurs russes du 20e siècle : Dimitri Chostakovich.
En ce printemps, l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo (OPMC) célèbre les 50 ans de la disparition du compositeur russe Dimitri Chostakovitch, par une série de rendez-vous qui débutera le 4 mai avec deux géants de la musique classique : la pianiste Martha Argerich et le trompettiste Sergei Nakariakov se retrouveront autour du Concerto pour piano et trompette en do mineur op. 35, une œuvre de jeunesse qui traduit la large palette émotionnelle que le compositeur russe aborde dans ses premières compositions, entre mélancolie et ironie. Au programme également, la suite tirée de l’opéra Lady Macbeth de Mensk et la Symphonie n° 6 en si mineur.
Le deuxième évènement anniversaire, et non des moindres, est attendu le 30 mai : la projection, en partenariat avec l’Institut audiovisuel de Monaco, de La Nouvelle Babylone, signé Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg, dont la musique avait été commandée à Chostakovitch. Réalisé en 1929, ce monumental chef-d’œuvre du cinéma muet, en noir et blanc, évoque La Commune de Paris vue au prisme du régime soviétique de l’époque. L’action qui se situe en 1870 raconte le départ en guerre des troupes françaises et prussiennes jusqu’à la défaite des français, cette dernière conduisant à l’éphémère épisode de La Commune et sa fin tragique. Le film suit le personnage de Louise, une jeune vendeuse du magasin de nouveautés La Nouvelle Babylone, qui va rejoindre la lutte des révoltés, prétexte à décrire la condition ouvrière et à lire l’histoire à travers les yeux des plus modestes. Les images, le cadre, concourent à opposer le monde de la bourgeoisie, animé et frivole, à celui du monde du travail, sobre et sombre. En une succession de tableaux, orchestrés comme un ballet, les images, d’une grande beauté, très expressionnistes dans leur forme, insistent sur des gros plans expressifs des personnages, et sur les plans larges pour évoquer les mouvements de troupes aussi bien que les barricades. L’iconographie s’inspire beaucoup de la culture française du XIXe siècle, des peintres bien sûr (Manet, Renoir, Degas), mais aussi de la littérature, de Zola à Hugo. Le peuple, et plus particulièrement les communards sont bien sûr les héros de ce film de propagande, qui n’exclut pas des moments d’émotion assez intenses servis par la musique de Chostakovitch. A Monaco, elle sera jouée en direct par l’OPMC, sous la baguette de Frank Strobel.
Lors de cet hommage, le jeune public ne sera pas oublié puisque le 14 mai, il découvrira une œuvre peu jouée du compositeur russe, et pourtant écrite à partir d’un extravagant conte du célèbre poète Alexandre Pouchkine : L’Histoire du pope et de son serviteur Balda, que l’orchestre monégasque interprétera sous la direction de Philippe Béran. Et pour rester dans la tradition des contes, si chère aux Slaves, le comédien Joan Mompart racontera le célèbre Pierre et le Loup de Serge Prokoviev. Des œuvres illustrées visuellement par l’artiste sur sable Marina Sosnina !
Concert symphonique, 4 mai, Auditorium Rainier III • ciné-concert La Nouvelle Babylone, 14 mai, Opéra Garnier • Concert jeune public, 30 mai, Auditorium Rainier III. Monaco. Rens: opmc.mc
photo : La Nouvelle Babylone – Sofiya Magarill © DR / Coll. IAM