Du singulier au pluriel

Du singulier au pluriel

Il arrive que le titre d’une exposition fournisse la clé d’une œuvre en résumant les orientations qu’elle déploie au fil du temps. Qu’en est-il de celle de Gottfried Honegger, Du singulier au pluriel, proposée par l’Espace de l’Art Concret (eac.) à Mouans-Sartoux ?

Si l’œuvre d’art se livre parfois dans sa singularité, pour Gottfried Honegger, il fallait surtout qu’elle s’infuse dans toutes les mailles de la société, qu’elle s’accorde à un double idéal esthétique, et d’émancipation, pour éclairer le monde. L’artiste souhaitait cette résonance de l’art par l’usage d’un vocabulaire simple, directement accessible par l’impact du blanc ou de la couleur, par le dénuement du signe ou de la matière pour que chacun puisse en éprouver un désir de spiritualité face à l’illusion consumériste.

Il s’agissait donc de toujours s’impliquer dans une démarche pédagogique, de s’adresser à la pensée plutôt qu’aux émotions et de ne jamais privilégier la subjectivité pour que l’œuvre d’art reste plurielle et puisse s’adresser à tous. Honegger était aussi collectionneur et voulait que son action ne reste pas solitaire mais qu’elle se situe dans le contexte de l’abstraction pour imposer la souveraineté du concept.

Né en 1917, mort en 2016, Gottfried Honegger fut d’abord graphiste et perçut la publicité comme un vecteur social. Au fil de l’exposition, on s’aperçoit d’ailleurs que, dans sa pratique artistique, l’objet peu à peu se dissipe, que la perspective se contracte pour laisser place au seul jeu des lignes et d’une couleur pure. En contrepoint d’une abstraction lyrique et gestuelle qui domine dans les années 50, il revendique le refus de toute subjectivité, pour l’idéal d’un langage universel. Il reprend les principes de l’art concret théorisés par Theo van Doesburg en 1930 en s’attachant à la rigueur d’un système que l’imaginaire ne saurait dévoyer. À cette austérité répond néanmoins l’autorité plastique d’une œuvre qui délivre immédiatement son message par la simplicité de ses plans et la monochromie pour seuls matériaux d’une construction de l’espace.

Cependant l’œuvre ne cessera d’évoluer parallèlement aux apports de la science et des systèmes informatiques. Et le « pluriel » sera aussi la relation aux autres artistes qui s’exerce dans la quête d’un même idéal de rigueur géométrique. Gottfried Honegger a su les collectionner et, dans cet Espace de l’Art Concret qu’il a créé en 1990, il s’est attaché à présenter la diversité des approches tant dans la peinture que dans la sculpture et l’émergence de nouvelles techniques. Du singulier au pluriel réunit ainsi les œuvres de Max Bill, Marcelle Kahn, Ad Dekkkers, Richard Paul Lohse, Aurélie Nemours, Jan J.Schoonhoven pour une même célébration de l’art comme une ouverture au monde et à la connaissance.

Jusqu’au 22 fév 2026, Espace de l’Art Concret, Mouans-Sartoux. Rens: espacedelartconcret.fr

photo : Vue de l’exposition Gottfried Honegger – Du singulier au pluriel, à l’eac. du 29 mars 2025 au 22 février 2026 © eac.