23 Avr Jazz à Juan : légende vivante !
C’est l’expression toute faite qu’on a coutume d’employer à propos d’un artiste célèbre et ancien, ayant résisté aux modes et à l’épreuve du Temps, mais toujours bien actif. Une formule qui pourrait tout autant s’appliquer à cette manifestation prestigieuse qu’est le festival Jazz à Juan, qui célèbre sa 64e édition en 2025.
Le festival azuréen a en effet vu fleurir le jazz moderne des années 60 et continue d’être une terre d’accueil idéale pour toutes les musiques vivantes à travers le monde. Cette année, Jazz à Juan offre encore un solide panorama du genre, un peu comme sur une photo de famille où toutes les générations sont représentées.
Dans la catégorie « grand ancien », on trouve Herbie Hancock, dont le regard peut remonter jusqu’aux premières années de Jazz à Juan : pas seulement un étonnant styliste, mais un inventeur, qui, avec quelques autres, a créé le jazz modal puis le funk ! Plus jeune mais avec un beau palmarès, on remarque sur l’affiche le nom de la magnifique Dianne Reeves. Cousine de George Duke, adoubée par Clark Terry, sa voix, si souple et si chaude, dans la lignée des divas mythiques, est un joli reflet de cette longue histoire.
On pourra l’écouter quelques jours avant d’autres étoiles notoires : Gregory Porter, qui chante, profondément ancré dans la tradition du blues et de la soul music, et le même soir, Meshell Ndegeocello, audacieuse et aguerrie représentante de ces chanteuses-bassistes qui illuminent la scène américaine. Cette famille d’instrumentistes-vocalistes est intéressante puisqu’elle permet d’entendre une interaction particulièrement originale : non pas une voix accompagnée par quelqu’un d’autre, mais la tresse intime de deux sons produits par la même personne, sortant l’un d’un corps, l’autre d’un objet musical.
Toutes les générations sont là
On a d’ailleurs d’autres dominos du genre, comme Sophye Soliveau, qui chantera à travers les cordes de sa harpe, ou Macha Gharibian, française d’origine arménienne qui a toujours dans la tête, dans la gorge et sous ses doigts de pianiste, les souvenirs de cette culture prenante dont les syncopes et les harmonies se marient si bien avec le jazz depuis quelques dizaines d’années.
Ces artistes ne sont pas de la même génération, et c’est bien l’intérêt de Jazz à Juan de proposer un bouquet où la relève tient son rang : de nombreux jeunes gens s’y feront entendre… À l’instar de Marion Rampal, chanteuse déjà confirmée, l’une des voix majeures, émouvante et originale, du jazz en France. Ou encore Émile Londonien, un nom de groupe ironique pour identifier un trio strasbourgeois qui a d’abord voulu rendre hommage au grand saxophoniste Émile Parisien, et ensuite se placer dans le sillage de la scène improvisée anglaise d’aujourd’hui, dont le groove très inventif et très métissé est relativement peu connu en France.
Si l’on ajoute à cela, la venue étonnante des jumeaux originaires de Chine, Zihan et Zhitong Xu (qu’on est impatient de rencontrer !), pour nous montrer ce qu’on entend par jazz dans l’Empire du Milieu, mais aussi celle du duo electro Air, ou encore celle de Ben Harper, qui saura adapter son répertoire à l’auditoire du festival (comme il l’a si excellemment fait sur son album Live from The Montreal International Jazz Festival), on a une idée de la diversité offerte par cette manifestation.
10 au 20 juil, La Pinède Gould, Antibes-Juan-les-Pins. Rens: jazzajuan.com
photo : El Comité © JAZZ A JUAN 2024 K. Lhermite