Nuevo nuevo tango

Nuevo nuevo tango

Écouter Louise Jallu, c’est retrouver toutes les saveurs et tous les éclats du bandonéon : de son grave qui vous étreint à son aigu qui vous transperce, c’est un instrument infiniment voluptueux et sensuel, comme l’histoire qu’il porte.

Ce cousin sophistiqué de l’accordéon, même s’il est né en Allemagne, est profondément lié à l’Argentine, et bien sûr au tango, dont il est comme l’emblème. Louise Jallu, une des très rares joueuses de bandonéon en France, reprend à son compte tout l’imaginaire qu’il transporte, depuis les origines jusqu’aux audaces merveilleuses d’Astor Piazzola. Mais ce répertoire n’est pas figé et il sert aujourd’hui de base à une réinvention permanente pour les musiciens qui s’en emparent et lui dessinent de nouvelles figures.

Au-delà de ce bonheur de faire évoluer la tradition, Louise Jallu s’approprie, dans son 3e album Jeu, des imaginaires très différents, à partir de la musique savante européenne, de Schumann à Bach, de Ravel à Brassens, sans négliger ses propres compositions. Tout cela avec un appétit particulier pour les cadences dansantes, chaloupées qui rappellent que le corps est le premier instrument de la musique : le boléro est d’abord un pas, répété et amplifié selon une logique insolemment troublante qui se réinterprète de mille manières.

La bandonéoniste n’est pas seule dans l’aventure, elle évolue au milieu d’un quartet aux improvisations téméraires, notamment grâce à Karsten Hofchapel, qu’on connait comme violoncelliste, mais qui dans ce groupe préfère sa guitare, au phrasé large et inattendu.

22 mai, L’Anglicane, Hyères. Rens: jazzaporquerolles.org

photo : Louise Jallu © Sylvain Gripoix