23 Avr Un monde délicieusement horrible
À la Fondation Maeght, Hélène Delprat, artiste plasticienne, peintre, vidéaste et scénographe, présente actuellement Écoutez ! C’est l’éclipse, exposition monographique sous le commissariat de Laurence Bertrand Dorléac.
Jusqu’au 9 juin sont visibles un ensemble pluridisciplinaire de près de 60 œuvres qui se veut non rétrospectif, mais plutôt une somme de travaux revenant sur près de 40 ans de pratique quotidienne et qui s’agence en un parcours de huit étapes, où, toujours, finit par s’imposer la peinture.
Diplômée des Beaux-arts, Hélène Delprat réussit en 1982 le concours de l’Académie de France à Rome, puis intègre la prestigieuse Galerie Maeght à Paris. Un avenir tout tracé se dessine. Dix ans plus tard, en 1995, l’artiste quitte la galerie. Plus envie d’exposer. Pas envie de s’exposer. Elle se lance sur d’autres pistes de créativité. Enseignante à l’école de Clergy, entre écriture et mise en scène. Professeur aux Beaux-Arts de Paris. Émission de radio. Elle continue d’approvisionner à haut débit une curiosité inextinguible. Car, tout peut lui servir un jour. Internet, livres d’antiquités romaines, latines, philosophie, religion, Les Métamorphoses d’Ovide, Rilke, Virginia Woolf, journaux, catalogues de maisons de vente, cartoon, chanson populaire et graffitis ouvrent les vannes de son imaginaire, même si elle ne se souvient plus pourquoi ce vieux bout de papier ou ce dessin griffonné à la hâte.
Engranger des images, découper, imprimer, répertorier, pour les avoir à disposition, au cas où. « J’aime beaucoup trouver ces correspondances. Ces affinités de hasard, en fait« . Une fois l’assemblage réalisé, au visiteur d’y voir ce qu’il a envie de voir ou comprendre, face à l’œuvre. Hélène Delprat ne s’expliquera pas. « Mes peintures racontent des histoires, mais on ne sait pas lesquelles« . Films, images fixes, installations, céramiques, dessins, peintures petits formats sur bois, sur papier, et immenses formats sur toile. « Mon art est un rébus« , dit-elle. Antoine de Galbert, fondateur de La Maison Rouge, analyse : « Il faut s’y laisser aller. On est dans le plaisir, dans les matériaux, la lumière, l’humour… Des choses extrêmement visuelles même si, en deuxième lecture, tout devient très compliqué. C’est une œuvre de cinéma, une culture de poésie, une culture post-surréaliste, très complexe dans ses articulations, sans doute provenant des avant-gardes, Dada, des artistes allemands…«
Hélène Delprat envoie vigoureusement bouler tout un système qui sévit dans l’art contemporain. Elle s’est inventée « ce petit monde » bien à elle, apparemment chaotique mais organisé, dont les couleurs rose chewing-gum, vert acide, orange franc ravissent l’œil, d’abord. Un monde grouillant de créatures hostiles et guerroyantes, ensuite, quand on s’y arrête. Énigmatique, festive et psychédélique, la peinture d’Hélène Delprat est balisée de références qui racontent son énorme passé historique et le monde d’aujourd’hui.
Jusqu’au 9 juin, Fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence. Rens: fondation-maeght.com
photo : Vue de l’exposition d’Hélène Delprat, Écoutez ! C’est l’éclipse © Hélène Delprat, ADAGP, Paris, 2025, Photo Vincent Toussaint et Thérèse Verrat pour la Fondation Maeght, Courtesy Hélène Delprat, Galerie Christophe Gaillard & Galerie Hauser and Wirth