21 Mai Albert Camus et la prémonition des terrorismes
Albert Camus et la prémonition des terrorismes (des djihadistes à Poutine… et tant d’autres !), voilà ce qui attend le lecteur dans le dernier ouvrage de José Lenzini, récemment reçu par le Club de la Presse, que préside Dominique Pedinielli, en la librairie Charlemagne à Toulon.
Spécialiste d’Albert Camus, José Lenzini, né à Sétif en Algérie, reste profondément attaché à son pays natal, où il donne régulièrement des conférences. Journaliste à Var Matin République, correspondant pour Le Monde, La Tribune et Radio BFM, il a également enseigné et animé des ateliers d’écriture. Aujourd’hui directeur de collection aux Éditions de l’Aube, il consacre son temps à l’écriture, quand il n’organise pas des voyages culturels en Algérie.
L’homme de lettres et historien confie humblement : « Par hasard, Camus est entré dans ma vie lorsque j’avais 40 ans. Ainsi, depuis 40 ans. » Il évoque l’écrivain et philosophe, lauréat du Prix Nobel en 1957 : « Devenu journaliste en 1938, Albert Camus fit, le 5 juin 1939, un reportage en Kabylie où, contemplatif, un homme assis au sol lui dit : Vous avez des horloges. Nous avons le temps. »
Autre philosophie de vie, bien différente de l’autre côté de la Méditerranée… Camus connut les deux rives : l’Algérie où il naquit, et la France où il vécut de nombreuses années, jusqu’à ce qu’un tragique accident mette fin à sa vie. Lenzini, lui aussi toujours très lié à l’Algérie, y retourne dès que possible. Auteur de nombreux ouvrages, Camus reste son sujet de prédilection.
Dans Albert Camus et la prémonition des terrorismes, des djihadistes à Poutine… et tant d’autres !, publié aux Éditions Les Cahiers de l’égaré, Lenzini cite de nombreux extraits des écrits de Camus, toujours d’actualité, notamment en Europe et en France. « Lorsqu’il écrit La Peste, sa plume devient une arme dérisoire face à la haine, et il choisit de faire silence sur l’Algérie. »
Philosophe, Camus eut des intuitions
Camus exprimait déjà, il y a plusieurs décennies, cette remise en question profonde : « À travers cinq continents, et dans les années qui viennent, une interminable lutte va se poursuivre entre la violence et la prédication. […] Désormais, le seul honneur sera de tenir obstinément ce formidable pari qui décidera enfin si les paroles sont plus fortes que les balles. » Les gouvernements, leurs dirigeants, et les équilibres sociopolitiques ont évolué depuis L’Homme révolté, mais nombre de ses réflexions demeurent d’une brûlante actualité. De page en page, le lecteur s’étonne de la lucidité prémonitoire d’un Camus qui, un demi-siècle à l’avance, entrevoyait la banalisation de la violence et ses dérives totalitaires, souvent portées par des prêcheurs.
En ces temps où le mal se répand à grande échelle, il serait temps que les États démocratiques s’accordent enfin sur une définition contemporaine du terme terroriste… Car même à l’ONU, aucun consensus n’existe encore. « Durant la Seconde Guerre mondiale, le maréchal Pétain et ses sbires, tout comme l’armée d’occupation, qualifiaient les résistants de terroristes. » Lenzini hausse parfois le ton, lassé par ces petits prêcheurs de morale enfermés dans leurs certitudes : « Je commence à être un peu fatigué de me voir, et de voir surtout de vieux militants qui n’ont jamais rien refusé des luttes de leur temps, recevoir sans trêve leurs leçons d’efficacité de la part de censeurs qui n’ont jamais placé que leur fauteuil dans le sens de l’histoire. »
Pour l’auteur de L’Étranger, cela ne fait aucun doute : le terrorisme nationaliste naît de la solitude, du sentiment qu’il n’y a plus de recours, que les murs sont trop épais… et qu’il faut les faire sauter. Camus avait vu venir bien des choses : « Hiroshima est le dernier degré de la sauvagerie. » Son livre La Chute devait initialement s’appeler Le Cri…
Albert Camus et la prémonition des terrorismes (des djihadistes à Poutine… et tant d’autres !) de José Lenzini (Les Cahiers de l’Égaré)