21 Mai Comme une envie de… Prendre le large
Qui, un jour ou l’autre, n’a pas connu cette formidable envie de rompre les amarres, de mettre les voiles… de prendre le large ? Tel est le thème de la 29e édition du Festival du Livre de Nice, dont le journaliste Allain Bougrain Dubourg, militant de la cause animale et de la sauvegarde de la nature, est le Président d’Honneur, du 30 mai au 1er juin.
En 1978, son premier livre L’agonie des bébés phoques, témoignait du massacre de ces animaux pour leur fourrure. Allain Bougrain Dubourg est auteur de nombreux ouvrages sur la cause animale, dont les derniers en date : Dictionnaire amoureux des oiseaux (2022) et Dictionnaire amoureux de la vie sauvage (2024).
À quelques jours de l’ouverture de la 3e conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC-3), du 9 au 13 juin 2025 à Nice, on comprend combien Allain Bougrain Dubourg incarne le respect du vivant, les enjeux de la planète, l’urgence de la sauvegarde de l’environnement, lui qui explique avoir été marqué par Moby Dick, chef-d’œuvre d’Herman Melville. Inoubliable capitaine Achab prisonnier du grand large, affrontant ses démons et la sombre puissance de la mer au cœur de terrifiantes tempêtes.
Le Centre national du livre dévoilait récemment la 6e édition de son baromètre bisannuel, Les français et la lecture, qui pointait un recul de cette pratique, et indiquait que seuls 56% des français sont lecteurs réguliers… Chiffres heureusement démentis par le Festival du Livre de Nice 2024 qui a attiré 58000 visiteurs venus rencontrer les auteurs en chair et en os, et dont les ventes de livres avaient progressé de + 15% !
Plus de 200 auteurs attendus
Toujours sous la direction artistique de Franz-Olivier Giesbert, le Festival accueillera plus de 200 écrivains — romanciers, essayistes, poètes, historiens, polémistes, célébrités, dont Kamel Daoud, Prix Goncourt 2024, René Frégni, Alice Zeniter, Andrei Makine, David Foenkinos, Irène Frain, Christine Angot, Simonetta Greggio, Olivier Weber, Maud Fontenoy, Philippe Besson, pour ne citer qu’eux.
Comme chaque année, des lectures, une dictée lue par un écrivain, des animations, des rencontres, des débats et conférences, la remise officielle du Prix Nice Baie des Anges, rythmeront ces trois jours dédiés au livre portés par ces terriens-voyageurs, toutes et tous viscéralement attachés à l’océan car « il est des portes sur la mer que l’on ouvre avec des mots« , pour reprendre ceux du poète et dramaturge espagnol Rafael Alberti.
À commencer par Sylvain Tesson, l’arpenteur du maquis, l’escaladeur-dandy adepte du risque « no limit », en dépit de sa terrible chute depuis le toit d’un chalet, il y a 10 ans. Changé mais pas calmé, il sort Les piliers de la mer et précise : « C’est sur l’aiguille d’Étretat qu’est né ce projet d’ascension des stacks… Un stack, c’est un pilier d’érosion de recul de côte… » Il est pourtant interdit de cheminer au pied des falaises d’Étretat ! Tasmanie, Écosse, îles Marquises, Philippines, Cap-Horn, soit un tour du monde métaphysique en 106 stacks. « Nous avons les stacks pour ne pas périr d’ennui continental« , commente Sylvain Tesson.
Pour La promesse du large, Arnaud de La Grange, grand reporter photographe et navigateur de longue date, a quant à lui reçu le Prix des écrivains de la Marine. Il y évoque un jeune orphelin qui perd ses parents lors d’un naufrage et met son chagrin sous cloche pour pouvoir continuer à vivre… 26 ans plus tard il part sur leurs traces et renait grâce à la mer.
À la fois autobiographique, bestiaire des eaux, anthologie de littérature marine, Christophe Ono-dit-Biot a écrit sa Mer intérieure : « L’histoire commence forcément là. Au Havre. Par un effet de Manche. Manche comme ce morceau d’Atlantique coincé entre la France et l’Angleterre… La proximité avec les vagues vous engage pour le reste de la vie. »
Virginia Tangvald, Prix Révélation d’automne de la SGDL 2024, raconte pour sa part « Les enfants du large » et un marin norvégien de légende. Ou le secouant récit d’une fille qui tente de percer le mystère de Peter Tangvald, son père mort mer en 1991, « un hobbo, un hippie avant la lettre et qui s’ignore« .
Et Hubert Védrine, ancien conseiller diplomatique de François Mitterrand, avec son Nouveau dictionnaire amoureux de la géopolitique et ses 250 pages entre l’Ukraine, le 7 octobre, la guerre à Gaza, l’élection américaine…
Lauréat du Prix Nice Baie des Anges
Impossible de détailler l’ensemble du programme, mais sachez que le Prix Nice Baie des Anges revient au Prisonnier du rêve écarlate d’Andrei Makine, récit couvrant 50 ans d’Histoire franco-russe qui suit Julien Baert, jeune ouvrier idéaliste parti en 1939 à la découverte du rêve soviétique. Interné durant 20 ans au goulag il en ressort sous le nom de Matveï Belov. Il rentre en France 30 ans plus tard. Ne reconnait plus rien, largué « comme un astronaute égaré sur une planète inconnue« .
Une édition ancrée dans le quotidien
Quand les médias pilonnent notre quotidien d’infos toujours plus alarmistes — catastrophes écologiques en cascade qui ravagent notre planète, rumeurs de guerre qui grondent à nos portes, et démocraties menacées de toutes parts — l’expression « prendre le large » nous invite à la découverte d’horizons illimités, à l’évasion, à la pensée en mouvement.
Desserrer l’étau. Résister en lisant. Résister en écrivant… Boualem Sansal, aujourd’hui détenu en Algérie depuis novembre 2024 et condamné à 5 ans de prison, avait présidé le Festival du Livre de Nice 2024 et déclaré : « Le livre a fait l’humanité, et il continuera longtemps à la servir. Je l’espère. »
Oui, lire est un acte de résistance car, le 9 mai 2025, une autre sale nouvelle tombait. La Maison Blanche confirmait que le président Donald Trump avait limogé Clara Hayden, responsable de la Bibliothèque du Congrès. La première femme noire au poste de la plus vieille institution culturelle publique. Réaction du sénateur démocrate Martin Heinrich : « Pendant que le président Trump veut bannir des livres et imposer aux Américains quoi lire – ou ne pas lire du tout— Clara Hayden a dévoué sa carrière à rendre la lecture et à la poursuite du savoir accessible à tous. »
Finalement, prendre le large n’est pas forcément fuir le monde : c’est aussi peut-être le retrouver, autrement, à travers les mots, les idées, les combats et les rêves de ceux qui les font vivre.
30 mai au 1er juin, Jardin Albert 1er, Nice. Rens: lefestivaldulivredenice.com
photo : Allain Bougrain Dubourg © DR