21 Mai En voiture, Simone !
C’est fait. Six-Fours lance ses Nuits Théâtrales de Simone ! Inspiré du Off d’Avignon, voici le premier festival de théâtre de la commune varoise qui étoffe encore son offre culturelle, exauçant ainsi le vœu de son maire, Jean-Sébastien Vialatte.
Quatre salles de cinéma, un festival de musique classique, des spectacles d’humour au Théâtre Daudet, des concerts salle Malraux, et bienvenue au théâtre dont les représentations seront idéalement jouées au cœur de Six-Fours-les Plages, dans le parc de 8000m2 arboré de platanes du Jardin de la Villa Simone. « On a voulu une programmation qui s’adresse au plus grand public, et fait le choix de proposer quatre spectacles à la fois contemporains et classiques. Je suis allée chercher des spectacles au Festival d’Avignon 2024, et qui ont eu un grand succès. Quatre dates pour quatre spectacles« , détaille Laetitia de Casalta, chargée de la programmation.
Le 23 juin, ouverture en plein air et dans la bonne humeur avec ce célèbre vaudeville piloté par la jeune troupe survitaminée de L’Éternel été qui portera Le chapeau de paille d’Italie d’Eugène Labiche sur fond de danse, acrobatie, et musique électro. Le 25 juin, quiproquos en ricochets, humour citron, avec Le Revizor de Nicolaï Gogol dynamité par le Collectif Voix des plumes. Une province oubliée en Russie, plus gouverneur véreux, fonctionnaires veules, bureaucratie aux mains sales, piano, et inconnu filou pris pour un Inspecteur… Bien agiter. Et voir.
Le 26 juin, fini de rire avec Ils ne méritent pas tes larmes du journaliste Thomas Snégaroff, tiré de son livre Little Rock, 1957. Les 9 premiers noirs américains inscrits en 1957 dans un lycée pour blancs. Une foule rageuse bloque l’entrée. Reste la photo d’Elizabeth Eckford, 15 ans, parue le lendemain. La lycéenne avance tête baissée, sous les regards haineux d’une horde, poings brandis. Eisenhower interviendra. Du jazz live d’époque joué par le clarinettiste Xavier Bussy nous remet dans cette Amérique « vintage » à la Norman Rockwell qui en a fait un tableau. On frémit de cette Amérique d’aujourd’hui, redevenue dangereusement proche de celle d’hier.
Les Nuits de Six-Fours fermeront les grilles du Jardin de la Villa Simone, le 28 juin, avec Kessel, La liberté à tout prix, biopic théâtral qui ressuscite la phénoménale existence, romanesque de bout en bout, de Joseph Kessel l’écrivain-journaliste-baroudeur, citoyen du monde, né en Argentine dans une famille juive. Il grandit en Russie, passe par Nice, se fixe à Paris pour étudier. Tour à tour grand reporter, aventurier, aviateur, résistant, écrivain, Académicien. Une vie menée pied au plancher dans la Capitale. L’homme Kessel, force de la nature, fou de vie. Nuits alcool, débauche, jeu, drogue. Il restera miné de remords après le suicide de son frère. Le monde à bras le corps. Guerre d’indépendance en Irlande, l’Afrique et l’esclavage en Éthiopie, La Mecque où le conduit Henry de Monfreid. Il assiste à un marché d’esclaves. 1932. Il est en Allemagne. Montée du nazisme. Dès 1933, dans un article du Matin, il révèle l’existence du camp de Dachau. Kessel est chez lui où qu’il se trouve. La suite ? Place au renversant comédien Franck Desmedt, dont le jeu incarné habite l’immense stature de « Jef ». Dans toute sa démesure ogresque, et sa superbe trouée de failles. Écriture et mise en scène de Mathieu Ranou comme si vous y étiez, pour un Desmedt seul en scène, conteur luxuriant à la Kessel. Faconde, traits d’humour et silences tapis entre les mots blancs d’un chagrin sec. « Le Lion » ne pleurait pas. « Je ne regrette vraiment rien. Je recommencerais minute par minute« … Alors, en voiture, Simone !
23 au 28 juin, Jardin de la Villa Simone, Six-Fours-les-Plages. Rens: ville-six-fours.fr
photo : Kessel, La liberté à tout prix © Alizée de Vanssay