Equinoxe musical

Equinoxe musical

Les Printemps du Monde, promesse pleine d’optimisme, est un festival qui mélange habilement les imaginations les plus locales et les plus lointaines. Il se recentre cette année autour de Correns, et rayonne un peu partout depuis ce cœur de la Provence Verte, de Cotignac à Brignoles, de Saint-Maximin à Châteauvert.

Tous ces noms du terroir, pleins d’une histoire ancestrale, évoquent bien une culture dont chaque caillou garde la mémoire, pour peu qu’on sache le faire sonner. Et grâce à ces Printemps du Monde, la région s’ouvre à une ribambelle de traditions lointaines qui viennent y faire escale. 

Avec d’abord cette année, une attention soutenue portée aux rythmes caribéens, en commençant par les plus magiques d’entre eux, qui jouent avec les forces invisibles. Ceux qu’on ne croise pas en principe sans avoir été initié. Certaines de ces traditions ont sauté le pas de l’ésotérisme et acceptent de se faire entendre par presque toutes les oreilles, tout en gardant un peu du mystère de leur origine : les tambours bata de Cuba qui évoquent les esprits, les musiques du vaudou haïtien, celles du Mardi-Gras de la Nouvelle-Orléans. Réminiscences lointaines ? C’est tout l’enjeu de ces Souvnans qui nous parviennent, le 6 juin à Saint-Maximin, tandis que le lendemain, on pourra transpirer en martelant des pas plus profanes, à Correns. D’abord avec Cántalo : avec ce quintet jazz, la salsa nous frôle et s’accompagne de toutes ces danses asymétriques du nord de l’Amérique latine, et de ces claves qui mélangent les rythmes si complexes qu’on ne peut les compter. Seul le corps qui danse sait se retrouver dans ces tempos imbriqués ! Ensuite, sur la même scène, la djette Mamaloba prendra le relais avec des pas plus urbains et électro.

Lors de cette nouvelle édition, l’Afrique poussera également sa corne — pour reprendre les mots de Claude Nougaro — avec Alexandre Grothendieck et ses kalimbas en tout genre, pianos à pouce dont on fait vibrer les lamelles, et qui eux aussi convoquent les esprits. Dans de nombreuses traditions, ces kalimbas — ou sanzas, mbiras, likembés… on change de nom comme on change de savanes — disent l’avenir si l’on sait les écouter et faire résonner les graines qui remplissent parfois leur corps. 

L’Europe, à sa frontière asiatique, entre les Balkans et l’Anatolie, sera quant à elle explorée par Isabelle Courroy et ses flûtes qui se jouent en oblique à la manière des Ney des derviches. Sans oublier les traditions du pays, avec Miqueu Montanaro qui, comme Ulysse, plein d’usage et raison, revient au galoubet de sa jeunesse. 

Puis, après ce marathon musical et culturel de 5 jours en Provence Verte, le festival proposera une gourmandise la semaine suivante, au Musée des Beaux-Arts de Draguignan, avec l’ethno-jazz méditerranéen du Roccassera Quartet du mandolocelliste Jean-Louis Ruf-Costanzo.

Ces Printemps n’éclosent pas uniquement sur scène. Plusieurs de ces spectacles se doublent d’ateliers, de stages, de reconstruction de ces rythmes, à destination des élèves ou simplement des amateurs. Avec les musicien.ne.s Alexandra Satger, Simon Bolzinger, et Sylvia Auclair notamment, et en lien avec le Conservatoire Provence Verte ou la classe CHAM (à horaires aménagés musique), des dizaines de jeunes gens pourront ainsi faire l’expérience de ces figures et de ces sons…

4 au 8 juin, lieux divers, Cotignac, Brignoles, St-Maximin, Correns, Châteauvert • 14 juin, Musée des Beaux-Arts, Draguignan. Rens: le-chantier.com