La tragédie, « un chemin de vérité »

La tragédie, « un chemin de vérité »

Deuxième édition prometteuse pour le Festival de Tragédies dans les belles Arènes de Cimiez à Nice, rebaptisées pour l’occasion L’Arène des cœurs. Muriel Mayette-Holtz, directrice du Théâtre National de Nice, y réalise un vœu cher : faire entendre la tragédie « comme un chemin de vérité », en puisant dans les répertoires antique et contemporain.

On se réjouit d’apprendre que près de 20 % du public l’an dernier était composé de jeunes. Attirés par le tragique ou par le charme d’un théâtre en plein air dans un amphithéâtre antique ? Sans doute les deux. « Plus que jamais, nous avons besoin du tragique« , affirme Muriel Mayette-Holtz. « Dans un monde qui vacille, qui cache ses peurs derrière des écrans, la tragédie nous offre une respiration. Une mise à distance. Elle nous rappelle — sans complaisance mais avec beauté — ce que signifie être humain : fragile, mortel, libre aussi ».

Un programme exaltant s’annonce du 18 juin au 5 juillet : 6 spectacles, dont 2 créations, à un tarif raisonnable (10 € pour les moins de 25 ans), accompagnés d’autres événements dans plusieurs lieux emblématiques de la ville.

Le festival s’ouvre avec une création en écho à la Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC) : Le Vieil Homme et la Mer, chef-d’œuvre intemporel d’Ernest Hemingway, prix Nobel de littérature en 1954. Au-delà du combat héroïque d’un homme simple face à la mer, interprété par Laurent Prévot, « c’est un chant d’amour, un hymne à la dignité, au courage et au respect que nous devons à cet horizon mouvant, à cette Méditerranée nourricière et impitoyable« .

Cette mer hante aussi Abysses, tragédie contemporaine du dramaturge sicilien Davide Enia, mise en scène par Alexandra Tobelaim. Issue de témoignages recueillis à Lampedusa — habitants, secouristes, exilés, survivants —, la pièce mêle également le récit intime d’un père et de son fils, incarné par le formidable Solal Bouloudnine. Un récit puissant porté par les chants traditionnels siciliens de la musicienne Claire Vailler.

Après la pièce Phèdre mise en scène par Muriel Mayette-Holtz l’an dernier, Robin Renucci, directeur de La Criée à Marseille, propose une lecture plus politique de cette héroïne tragique par excellence. Il met en lumière les injustices universelles de cette œuvre majeure de Racine. « Dans cette version, Hippolyte n’est pas seulement victime des passions de Phèdre, mais aussi symbole d’une pureté persécutée. »

Nous reviendrons dans notre « Spécial Été » (parution le 24 juin) sur la suite du programme : L’Iliade d’Homère revisitée avec audace par Pauline Bayle, Le Professeur, seule en scène de Carole Bouquet sur les dix jours précédant l’assassinat de Samuel Paty, ou encore Portrait de famille, une histoire des Atrides, fresque tragi-comique de Jean-François Sivadier.

Et ce n’est pas tout ! Le festival se prolonge avec de nombreuses pépites « Autour du Festival » dans divers lieux de la ville : Agatha de Marguerite Duras, lue par Charles Berling, Muriel Mayette-Holtz et Bérengère Warluzel (Château de Crémat), Bord de Mer de Véronique Olmi, par Élise Clary, nouvelle venue au TNN (Musée Masséna), Le Feuilleton d’Artémis, ode lumineuse à la liberté féminine de Murielle Szac (Musée d’Archéologie), et Le Procès de Narcisse, théâtre participatif où le public se fait juge (Place Saint-François) !

18 juin au 5 juil, Arènes de Cimiez & lieu divers, Nice. Rens: tnn.fr

photo : Phèdre © BDVA

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