21 Mai Les lignes de désir
Au Narcissio à Nice, l’exposition Les lignes de désir rassemble le travail des artistes Kristof Everart, Aïcha Hamu, Perrine Lacroix et du réalisateur Christian Barani autour de l’habitat et de l’enfermement, de l’espace et de ses usages.
La ligne de désir est le chemin que l’on a désiré emprunter, pour aller plus vite d’un point à un autre, ou pour passer à l’ombre… Et qui a fini par faire apparaître, au fil des pas, une langue de terre au milieu d’une pelouse sur laquelle on n’aurait pas dû marcher. C’est le trajet rebelle et pratique, celui de la spontanéité et de l’usage au quotidien. Cette notion ancrée dans le réel va comme un chausson à l’association Del’art, créée par Florence Forterre, et qui abrite notamment le Narcissio, dont l’un des objectifs est de « reprendre possession de l’espace urbain, en prendre conscience afin de le revendiquer« . Voilà, nous y sommes.
Ce sont les enfants qui oseront les premiers manipuler les briques en mousse noire de Perrine Lacroix qui constituent Le Mur écroulé. Modulables à l’envi comme un jeu de construction géant, elles font pourtant référence à un terrible accident survenu dans un appartement en 2011 à Pantin, alors que six personnes réchappées du Printemps arabe meurent dans un incendie. Pour l’artiste, cette installation est une recherche d’un monde meilleur, d’un espace de vie à s’inventer… Entourant ces parallélépipèdes légers, des photos grand format contrastent d’un éclat blanc-blond, ce sont les tunnels de roche calcaire des Baux-de-Provence.
Le réalisateur Christian Barani s’intéresse aux conditions de vie imposées, les vies de ceux qu’il nomme les vaincus. Ce cinéaste-marcheur erre et arpente en filmant. Puis il réalise un film documentaire quand la matière qu’il aura récolté s’y prête, un film d’artiste dans d’autres cas, une performance ici, une installation là. Au Narcissio, il montre un film inédit, tourné en 2017 en Inde, à Hyderabad. Cette ville lacustre du XIIe siècle, d’abord hindoue puis musulmane, compte aujourd’hui 9 millions d’habitants, symbole « de résilience et de progrès » selon les autorités touristiques. Mais les images brutes et douces de Barani montrent une réalité bien plus amère où les grands rochers sacrés investis par les deux religions sont désormais broyés pour la plupart, sous la pression des constructions contemporaines, dites « du futur« .
Ces destins tracés en secret résonnent avec la série de dessins de Aïcha Hamu, qui reproduit des graffitis de prisonniers. Ces écrits-pour-personne repris au fusain ou creusés à même les murs tracent le chemin vers une porte de sortie symbolique. On découvre une Fleur d’Algérie prête à être cueillie par une main fantôme, une évocation de femme nue en quelques traits courbes, des mots gravés comme on parle, le dessin d’une scène de combat aérien signé par « un héros de la Classe 43« … Mémoire et désirs mêlés.
Enfin, l’installation de Kristof Everart est un appel au calme : une structure-maison rudimentaire sur pilotis accueille un canapé qui semble se pavaner. En contrebas, un texte-fleuve est affiché : La métaphysique de la détente. On vient lire ici en prenant son temps (c’est long et doux comme une glissade en sieste) et debout qui plus est (il est interdit de s’asseoir sur le canapé et son emplacement ne permettrait d’ailleurs pas la lecture dudit texte). Une expérience à vivre donc, en présence de cet « utérus du présent perpétuel » dont on se réjouit déjà de trouver un exemplaire en rentrant chez soi, en hommage « à la déconstruction post-moderne de la verticalité« .
Jusqu’au 12 juil, Le Narcissio, Nice. Rens: le-narcissio.fr
photo : Vue de l’exposition – Perrine Lacroix, Mur écroulé, 2025 © Albane Noor