02 Juin Ah ! La Belle Hélène !
On a beau l’avoir vue dix fois, ce n’est jamais la même ! Les facéties des metteurs en scène en changent la forme, mais heureusement pas le fond : Pâris l’emporte toujours. Retour surn la version programmée par l’Opéra de Toulon en mai au Théâtre Liberté.
Ce Pâris-là nous vient du bout du monde, avec sa belle voix de ténor et ses yeux clairs : Felipe Manu, plus souvent en Nouvelle-Zélande ou en Australie qu’à Toulon ! La Belle Hélène, elle, c’est la mezzo-soprano Anne-Lise Polchlopek, violoniste, diplômée en lettres, langues et architecture, venue étudier le chant à Paris… Paris… Pâris… Il n’y avait qu’un pas pour que les deux se retrouvent sur la scène du Liberté !
Peu à peu, la belle — tout de vert vêtue, comme la majorité des artistes (on commence en vert, on finit en rouge et noir : Toulon ? Stendhal ?) —, affublée d’une carapace peu flatteuse, se dépouille de tous ces artifices pour enfin être elle-même. Celle qui, échappant à un mari jaloux, tombe dans les bras du séducteur dont elle s’est éprise… direction Cythère.
Au troisième acte, Hélène entre en scène telle une Cruella : robe rouge ensorcelante, la grande classe. Son Ménélas de mari, incarné par le courageux ténor Charlie Guillemin — que les metteurs en scène Alice Masson et Quentin Gibelin prennent un malin plaisir à ridiculiser — s’en sort pourtant remarquablement !
Les deux Ajax, Oreste (la mezzo-soprano Brenda Poupard) et Calchas (la basse Joé Bertili), déclenchent le rire. Tous brillent sur une scène resserrée, sautant, enjambant les pieds des colonnes derrière lesquelles ils se réfugient et se dissimulent : un jeu de scène pas simple !
Héloïse Poulet et Charlotte Bozzi prêtent leurs voix de sopranos aux rôles de Parthénis et Léæna, tandis que le baryton canadien Jean-Kristof Bouton — qu’on avait déjà applaudi en Mercutio à Toulon dans Roméo et Juliette — incarne un Agamemnon convaincant.
Venu de Nouméa, le maestro Romain Dumas, également compositeur, a magistralement dirigé un orchestre symphonique valeureux !
Quelques critiques toutefois…
Le troisième acte semblait appartenir à une tout autre histoire : « Un peu pitoyable dans le verbe, ridicule dans la gestuelle. » Pauvre Ménélas, bien courageux d’avoir interprété son rôle de mari trompé avec autant de dérision. Un peu de dignité n’aurait pas nui… « Les metteurs en scène étaient-ils à bout de souffle ? En manque d’inspiration ? On ne s’improvise pas librettiste après Halévy et Meilhac, surtout pour caser à tout prix des poncifs sociaux du XXIe siècle… Ce n’est pas une réussite !« , assène un fidèle spectateur toulonnais, passionné de théâtre et d’art.
« Le troisième acte ? Je l’ai trouvé totalement raté. C’est vide. Cela n’en finit plus. Il y a des longueurs, un vrai manque d’inspiration. C’est plat, ordinaire« , ajoute un autre abonné. Ajoutons que les costumes n’ont pas convaincu : tenues du RCT moulant des corps qui n’avaient pas besoin de cette inélégance… Et Ménélas, pauvre Ménélas, se surpasse dans une farce idiote.
Axelle Saint-Cirel, dans le rôle de Bacchis, fut bien plus applaudie lorsqu’elle chanta La Marseillaise sur le toit du Grand Palais à Paris pour la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques… À Toulon, peu l’ont reconnue.
Heureusement, l’orchestre de l’Opéra de Toulon, soutenu par le retour très attendu du chœur, a brillamment soutenu cette Belle Hélène. Et, quoi qu’il arrive… Offenbach enchante toujours !
photos © Claudie Kibler Andreotti