Chagall, mosaïste de la lumière

Chagall, mosaïste de la lumière

Jusqu’au 22 septembre, le Musée national Marc Chagall à Nice offre au regard une exposition centrée sur le travail de celui qui était aussi un maître mosaïste.

Par son étymologie, on sait que la mosaïque, dès son apparition dans la Grèce antique, se rapportait aux muses. Cette relation aux arts et à l’architecture, Marc Chagall en eut la révélation lorsqu’en 1954, au retour d’un voyage en Grèce, il s’arrêta à Ravenne où il découvrit ses splendeurs byzantines. Des voûtes célestes drapées d’or et de bleu pour un hommage à l’élévation et à la spiritualité répondaient intimement aux aspirations de l’artiste qui, un an plus tard, peignit une gouache, le Coq bleu qui sera sa première esquisse pour une mosaïque. Ce n’est qu’en 1958 qu’elle sera transposée à Ravenne en deux versions par deux mosaïstes différents ouvrant ainsi la voie à 14 projets de mosaïque murale à travers le monde conçus jusqu’en 1979.

Cette aventure d’une collaboration du peintre avec des artisans nous est racontée selon un parcours chronologique et se diffuse sous les auspices du Prophète Elie, cette mosaïque qui ensoleille le bassin du musée niçois avant que l’exposition ne voyage vers le Musée de Ravenne… Documents relatifs à l’exécution des œuvres, travaux préparatoires, et bien sûr, vastes photographies de l’ensemble de ces réalisations illustrent cet aspect trop méconnu de l’œuvre de Chagall. Et pourtant c’est dans le Sud, entre le Musée Chagall et la Faculté de droit à Nice, la Fondation Maeght et l’école de la Fontette à Saint-Paul de Vence, la Cathédrale de Vence et la Chapelle Sainte-Roseline des Arcs-sur-Argens qu’on peut découvrir six de ces mosaïques.

D’inspiration mystique, ou relatives à L’Odyssée, les œuvres célèbrent l’amour et la joie. La dimension des mosaïques et le subtil assemblage d’une multitude de tesselles sur les parois soulignent ce sentiment d’exaltation qui se traduit par un effet de miroitement entre la matité et la brillance de la pâte de verre ou du marbre. L’espace frémit de toutes ces parcelles de lumière d’où surgissent contes et merveilles. Et le sol même du musée se parsème des éléments de ces mosaïques. Sur plusieurs salles, dessins, peinture ou lithographies se mesurent aussi à la réalité de ces réalisations de verre et de pierre. Cette pratique ancestrale, dans une tradition d’artisanat et par son ouverture à un large public, correspondait aux vœux du peintre qui toujours s’attacha aux liens entre poésie, musique et arts décoratifs.

La mosaïque est une pratique d’assemblage de milliers de fragments irréguliers de matières qui constellent une paroi. Elle résulte d’un long travail que Chagall surveilla constamment en guidant les artisans dans l’agencement des éléments et la nuance de leurs coloris. Cette exposition De verre et de pierre, Chagall en mosaïque évoque toutes les facettes de cet art qui, à l’instar des fresques, illumine des pans entiers de l’architecture.

Jusqu’au 22 sep, Musée National Marc Chagall, Nice. Rens: musees-nationaux-alpesmaritimes.fr

photo: Marc Chagall, Le Coq bleu 1958 Mosaïste : Antonio Rocchi Marbre, pâte de verre 104 x 155 cm Rotary Club, Chambre de Commerce de Ravenne, département de Ravenne, en dépôt à la Ville de Ravenne, MAR – Museo d’Arte della città di Ravenna © ADAGP, Paris 2025