26 Juin Doux frisson nippon
Un souffle léger et insaisissable traverse l’exposition de Makiko Furuichi, Un vent d’avance, à la galerie du Canon à Toulon. Comme un murmure qui s’infiltre entre les œuvres…
Ce souffle fragile, sinueux, emporte avec lui des récits effacés, des objets abandonnés, des figures hors du cadre qui semblent flotter entre présence et absence. L’artiste invite à un voyage intime, où chaque pièce est un fragment d’une mémoire en mouvement, jamais totalement fixée.
Makiko Furuichi, née au Japon en 1987 et installée en France depuis 2009, conjugue un éventail de techniques et de matériaux : aquarelles délicates, gravures, peintures à l’huile, pyrogravures, fresques murales, céramiques, tissus imprimés et formes gonflables suspendues. Cette diversité des supports participe de la mobilité de ses œuvres, qui ne se figent jamais en une seule interprétation ou un seul angle de vue. Ses personnages, souvent déroutants, apparaissent comme des présences flottantes, aux visages grimaçants, aux petites mains vives, chatouilleuses, espiègles. Ils incarnent un monde tragi-comique, où s’entrelacent le beau et le grotesque, dans la lignée du niyari japonais — ce sourire ambigu, à la fois malicieux et inquiétant.
Au cœur de son travail, la nostalgie d’enfance et la complexité des liens familiaux ressurgissent sans jamais se cristalliser en narration claire. Ce sont plutôt des instantanés, des évocations ouvertes, qui laissent libre cours à l’imaginaire et à la sensation. « J’ai longtemps laissé la couleur évoluer d’elle-même« , confie Makiko Furuichi. En réponse à cette liberté formelle, elle peint des êtres joyeux, impatients, animalisés, l’animalité devenant pour elle un symbole de liberté à laquelle l’humain pourrait s’inspirer. L’exposition à la galerie du Canon offre un parcours sensible, entre tendresse et étrangeté, poésie et dérision.
Les œuvres, telles des fresques gigantesques aux atmosphères fantastiques, déploient un univers unique où souffle la vie dans sa fragilité comme dans sa force, toujours en mouvement, toujours à l’avance.
Jusqu’au 20 sep, Galerie du Canon TPM, Toulon. Rens: hda-tpm.fr
photo : vue de l’exposition de Makiko Furuichi © Le Port des Créateurs