Et l’ombre disparaîtra dans le soleil 

Et l’ombre disparaîtra dans le soleil 

Il y a des expositions qu’on traverse comme on se plonge dans un vieux livre sacré, à la lueur vacillante d’une lampe à huile. Et l’ombre disparaîtra dans le soleil, que Katia Kameli présente au Centre d’Art Contemporain de Châteauvert, du 6 juillet au 30 novembre, est de celles-là.

Le travail de Katia Kameli s’inscrit dans une recherche au long cours sur la représentation comme lieu de mémoire, de dialogue et de relecture. Elle questionne les récits historiques, les représentations héritées et les enjeux du post-colonialisme à travers une pratique combinant film, installation, photographie, dessin ou encore céramique. 

Il y a quelques années, l’artiste et réalisatrice franco-algérienne lançait un vaste projet en le déroulant tel un riche tapis d’Orient dont les motifs, par un tissage complexe, font apparaitre une multitude de symboles: Le Cantique des oiseaux. Constitué d’un ensemble d’œuvres — installations sculpturales, performances musicales, chorégraphiques et cinématographiques —, il forme une libre interprétation de La conférence des oiseaux, texte emblématique du soufisme fondé sur la sagesse universelle, écrit par le poète persan Farid al-Din Attar, au 12e siècle. 

Tout en explorant les notions de transmission, de spiritualité et de quête initiatique, l’artiste appuie sa démarche artistique sur la recherche, sur le fait historique et culturel, pour alimenter les formes plurielles de son imaginaire plastique. Katia Kameli se considère comme une sorte de « traductrice », à ceci près qu’elle « réécrit » les récits qu’elle étudie, mettant en lumière une histoire globale, faite de frontières poreuses et d’influences réciproques afin d’ouvrir une réflexion critique sur le monde. Elle traduit donc au sens le plus noble et le plus risqué du terme : d’un langage à un autre, d’un siècle à l’autre, d’un bord à l’autre de la Méditerranée. Et dans cet entre-deux, fait surgir des visages (aquarelles), des oiseaux (céramiques), des ailes (soie), des images et des mots (films). Ça tombe bien, à Châteauvert, on aime les zones de passage, les territoires perméables, les lignes de fuite…

Le parcours de l’exposition débutera d’ailleurs sous une tente du désert. Une khaïma. Celle d’une conteuse. Une installation inédite, textile, habitable, ouverte comme un livre d’enluminures dans lequel on circule à pas feutrés, dont les parois font cohabiter paroles poétiques et images, semblables à une calligraphie. Tandis que le film Le Cantique des oiseaux, variation — pièce maîtresse de l’exposition — débobinera sa solennelle procession : fragments chorégraphiques, paysages mentaux, murmures et silences… 

Dans un bruissement de plumes, de sons et de pages, l’exposition Et l’ombre disparaîtra dans le soleil invite le visiteur à franchir le seuil d’un monde ancien réanimé, d’un récit intemporel traversé par la lumière offerte par Katia Kameli.

OH FADA QUE TU ES !
Ouvert à tous les courants d’art, le Centre d’art contemporain de Châteauvert accueillera aussi le FADA Festival, du 4 au 6 juillet. FADA, c’est l’acronyme pour désigner le Festival Autour De l’Art qui se tient chaque été dans cet écrin de création de la Provence Verte. Trois jours d’immersion dans la sphère artistique, au rythme de documentaires destinés à élargir les perspectives, en racontant l’art et les artistes, par leurs démarches, leurs œuvres… À l’affiche, entre autres : L’Afrique collectionneuse de Christian Jaloumard, qui interroge sur les choix actuels du retour de certaines œuvres dans leur pays d’origine, ou Trait pour trait de Julien Devaux. Ce documentaire raconte l’histoire d’une « rencontre » entre Mélissa Pinon, peintre figurative, et l’un des plus célèbres tableaux de Chardin, La Raie. Marquée par l’œuvre, la jeune femme décide alors d’en réaliser une copie. En quelque sorte, une réflexion sur la valeur de l’imitation dans le parcours d’un artiste. Séances gratuites de 18h à 23h, avec restauration et buvette. On n’est pas bien là ?!

Katia Kameli, 6 juil au 30 nov •  Centre d’art contemporain de Châteauvert. Rens: museesetcentresdart.caprovenceverte.fr

photo: Katia Kameli, Hodhod #1, 2022. Sound sculpture, sandstone, 121 x 74 x 34 cm. Photo Nicolas Mouny. Courtesy the Artist; Domaine du Rayol. © Nicolas Mouny