Le TNN, en résistance et en multicolore

Le TNN, en résistance et en multicolore

Le Théâtre National de Nice promet une saison 2025-2026 ambitieuse, avec des spectacles que sa directrice Muriel Mayette Holtz annonce « musclés ».  34 spectacles, dont 2 créations et 22 coproductions, offrant théâtre classique et contemporain, mais aussi de la danse en partenariat avec le festival de danse de Cannes, et des voix de nombreuses femmes. Avec une cible majeure : la jeunesse.

Le monde va mal, que vive le théâtre ! « On parle souvent de l’inquiétude quant à la disparition de la culture… Nous sommes le spectacle vivant. Le vivant implique les confrontations. Celles-ci entraînent l’émotion. Nous sommes là pour promouvoir cette manière de rassembler au sens large, en étant dans l’émotion« , explique Muriel Mayette Holtz. Les événements récents révèlent à quel point la Culture est une composante essentielle dans toute société, et le Théâtre en particulier, espace d’expression de nos rêves, de nos combats et de nos émotions.

Une saison pour et avec la jeunesse 

« C’est extrêmement urgent d’intéresser nos enfants au théâtre. C’est une école de la vie. Ne pas grandir uniquement dans le fictionnel de l’image« . Ella Perrier, son adjointe, le confirme. « On fait un gros travail avec nos équipes et le monde enseignant, mais on veut faire venir des familles. On s’aperçoit que le souvenir des jeunes allant au théâtre avec l’école est parfois négatif. Mais quand ils viennent avec leurs parents, c’est différent. C’est ancré en eux. C’est pour cela qu’on continue pour cette année les spectacles jeune public. » 

À voir cette saison : la version punchy de Poucette revisitée par Édouard Signolet, l’hilarant Fusées de Jeanne Candel, l’expérience Mythos de Yiorgos Karakantzas, Le Château Corps émancipateur de la Cie Bal, ou encore Je suis trop vert, troisième volet de la série proposé par David Lescot

De grands classiques revisités 

Muriel Mayette-Holtz tient à solliciter de jeunes metteurs en scène pour le souffle neuf apporté au grand répertoire, telle Lena Breban avec La Folle journée ou le mariage de Figaro. « C’est très important que la jeunesse s’empare de ces grands textes. Avec une manière contemporaine. Parce que s’ils traversent les siècles, c’est qu’ils parlent très bien de nous« . 

Le public aime ce répertoire. Tout à fait révélateur, ce sont les spectacles qui se sont vendus le plus vite au Festival de Tragédie qui s’achève le 5 juillet. Et la saison prochaine en regorge avec au programme deux créations du TNN : Phèdre, mis en scène par Mayette-Holtz avec un super casting (Ève Pereur, Nicolas Maury, Charles Berling, Jacky Ido, Augustin Bouchacourt), et Gargantua, une épopée de Hervé Van Der Meulen qui se veut un acte de résistance par le rire, la gourmandise et l’insolence.  

Dans une belle diversité de genre, il y aura aussi Nous, les héros de Jean-Luc Lagarce, immense auteur du XXe siècle, mis en scène par Clément Hervieu-Léger, nouvel administrateur de la Comédie Française, dont des comédiens joueront Le mariage forcé de Molière, si moderne dans son questionnement sur les limites du machisme. Mais aussi Le Tartuffe, l’un des plus grands scandales et des plus grands succès du maître français, dans une mise en scène de Jean Liermier, ou encore La leçon de Ionesco par Robin Renucci.

La condition féminine, sujet intemporel

Des symboles de liberté et de résistance féminine jalonneront cette saison, comme Thérèse et Isabelle, tiré du roman longtemps censuré de Violette Leduc — récit d’un amour lesbien écrit en 1954, publié chez Gallimard dans une forme restreinte en 1968, et en version intégrale en… 2000 ! Ou La guerre n’a pas un visage de femme de Svetlana Alexievitch, prix Nobel de Littérature 2015, pour un autre regard sur la 2e guerre mondiale, et une parole donnée à des oubliées de l’histoire. 

Le procès de Jeanne de Judith Chemla et Yves Beaunesme offrira un écho troublant au déni de prise en compte de la parole des femmes aujourd’hui, tandis que Maldonne, spectacle de danse de Leïla Ka, racontera l’histoire du féminin, en métamorphoses émancipatrices, grâce à 5 femmes et 40 robes.

Des pièces ambitieuses

C’est la 1e fois que le TNN accueille Valère Novarina, auteur, peintre et metteur en scène qui compte parmi les plus grands poètes contemporains, joué et étudié dans le monde entier. Son spectacle monumental Les Personnages de la pensée révèlera le génie de sa langue. Tout est calme dans les hauteurs, adaptée du Maître de Thomas Bernardt par Jean Francois Sivadier, esquissera quant à lui le portrait acerbe des affaires culturelles. Un sommet d’ironie. 

Grand-Peur et misère du IIIe Reich de Bertold Brecht, si contemporain, illustrera comment et par où s’infiltre le fascisme, comment il détruit les relations entre les humains. Et dans Good sex, un couple de comédiens, différent chaque soir, découvre en direct comment on joue le sexe au théâtre ou au cinéma. Jubilatoire.

Des rendez-vous populaires

Ils sont nombreux ! Et notre coup de cœur va à Lettres à mon… ennemi, un beau projet pédagogique mené avec l’Éducation Nationale, suivi par plus de 500 élèves du département qui rédigent une lettre sur un thème et un.e auteur.e à lire — cette saison, Le village des sourds de Léonore Confino — et participent à un atelier d’oralité pour la lire face au public. 

Sans oublier Le Comité de lecture — texte lauréat en 2025 : Et si je ne suis pas sage qu’allons-nous faire d’Iva Brdar —, les Conversations intimes de Catherine Ceylac, Les procès des grands personnages tous les samedis en extérieur, Les jeudis littéraires au bar des franciscains…

Dès le 10 sep, La Cuisine & Salle des Franciscains – Théâtre National de Nice. Rens: tnn.fr

photo : Mon Château Corps, Cie BAL © Clément Vautel