26 Juin L’Opéra de Toulon, toujours en goguette
Jérôme Brunetière, directeur de l’Opéra de Toulon, a présenté il y a quelques jours la saison lyrique 2025-2026, ponctuée de quelques concerts symphoniques et par du théâtre. Alors que les travaux de rénovation de la maison toulonnaise avancent à grands pas, cette nouvelle programmation continue de voyager « hors les murs », avec une ouverture et une clôture à Châteauvallon.
Ainsi Norma, le merveilleux opéra de Bellini, sera présenté à Ollioules dans une nouvelle production, les 26 et 28 juin 2025. Le public découvrira la prêtresse gauloise au cœur de la forêt, donnant son nom à l’un des plus célèbres opéras du répertoire. Norma (incarnée par Zuzana Marková) accomplira ses rites mystérieux et, sous les pins, dans la magie des nuits d’été de Châteauvallon, entonnera sa prière : Casta Diva, aria immortalisée par Maria Callas. La direction musicale de l’Orchestre Symphonique et du Chœur de l’Opéra de Toulon sera assurée par Andrea Sanguineti.
Une rentrée pour les plus jeunes
Après une trêve estivale, La Petite Sirène, spectacle à voir en famille, sera donné au Théâtre Liberté, à l’occasion d’une « rentrée tardive », en novembre : 55 minutes de bonheur ! On dit de la musique de Régis Campo, lauréat des dernières Victoires de la musique classique, qu’elle est ludique, colorée, rythmée et stylée, distillant humour et joie. Comme celle d’Andersen, sa petite sirène pose pourtant une question douloureuse : pour se faire aimer, faut-il renoncer à ce que l’on est ? Jane Latron, audacieuse et créative, assurera la direction musicale.
Des comédies et des drames
Créé à Paris au Théâtre des Italiens le 3 janvier 1843, Don Pasquale, opéra en trois actes de Donizetti, est à ne pas manquer au Zénith de Toulon, pour terminer 2025 ou entamer 2026 ! Écrite pour les voix glorieuses de Julia Grisi, Giovanni Mario, Antonio Tamburini et Federico Lablache, cette comédie sur le conflit éternel des générations est un sommet de l’opera buffa, entre Le Barbier de Séville de Rossini et Falstaff de Verdi. La délurée Norina (Lauranne Oliva), pour sauver l’amour que lui porte Ernesto, neveu et héritier de Don Pasquale (David Bižić), se fait épouser par le vieux grigou… qu’elle rendra fou de ses bavardages, coquetteries et folies dépensières. Un éclat de rire teinté de mélancolie : le chant du cygne de Donizetti, et une direction musicale assurée par Sora Elisabeth Lee, cheffe assistante à l’Opéra de Paris.
Quelques jours plus tard, un concert lyrique rassemblera, au Palais Neptune, Les grandes pages de Berlioz. Victorien Vanoosten, directeur musical de l’Opéra de Toulon, dirigera l’Orchestre symphonique, accompagné de la mezzo-soprano Karine Deshayes et du ténor slovaque Pavol Breslik, qui fit ses débuts à Sydney dans Les Pêcheurs de perles. Au programme, entre autres, deux œuvres « maudites » : La Damnation de Faust, qui ruina le compositeur, et Les Troyens, chef-d’œuvre absolu, entre ivresse et extase… Une vraie chevauchée des Walkyries !
Et justement, en février, suivra Wagner, avec Le Vaisseau fantôme, présenté en version concert. Cet opéra romantique en trois actes, dont le livret a été inspiré par Heine, fut créé à Dresde en 1843.
Quant au Barbier de Séville de Gioachino Rossini, il sera produit au Théâtre Liberté en mars. Ce sommet de l’opera buffa est décrit par Jérôme Brunetière comme une « grenade dégoupillée contre l’égoïsme et la misogynie« . Dans une version pour marionnettes et instruments, ce Barbier retrouve les couleurs bariolées du théâtre de fête foraine. Une mécanique irrésistible, fidèle à l’esprit de Beaumarchais.
Toulon, LA scène française du musical américain
De Street Scene en 2010 à Classical Broadway l’an passé, l’Opéra de Toulon s’affirme comme la scène du musical américain en France. Après avoir accueilli Follies en 20133, Sweeney Todd en 2016, et Into the Woods en 2019, comédies flirtant avec l’opéra, c’est Putting it Together, marquant un retour à l’esprit de la revue, qui débarquera sur la Rade en avril 2026. Stephen Sondheim y rassemble ses chansons dans un parfait équilibre entre musique et mots — sa signature. Jasmine Roy, fidèle à Toulon, sera de nouveau sur scène. Direction musicale : Thierry Boulanger. Mise en scène : Olivier Bénézech.
Madam Butterfly conclura la saison lyrique dans une nouvelle production, présentée à Châteauvallon. Le pitch ? La jeune geisha Cio-Cio San (Yunuet Laguna) croit avoir épousé un officier américain… mais Pinkerton (Edgaras Montvidas) l’a en réalité achetée à un entremetteur, et le contrat de mariage n’était qu’un leurre. Trois ans plus tard, elle l’attend toujours avec leur enfant blond. Hélas, il revient… avec sa véritable épouse. Dans une scène poignante, elle remet son fils à la nouvelle femme, avant de disparaître. Puccini invente ici la musique de l’absence et de l’attente ! Victorien Vanoosten y dirigera l’Orchestre Symphonique et le Chœur de l’Opéra de Toulon.
Sans le concours des établissements culturels toulonnais, les quatre saisons de la belle maison lyrique n’existeraient pas. Rénovée en profondeur — des sous-sols quasi-marins jusqu’aux cieux —, cette belle bâtisse lyrique inaugurée en 1862 rouvrira ses portes en 2027… si les neuf muses, filles de Zeus et de Mnémosyne, qui nous surplombent du haut du majestueux plafond de l’Opéra, daignent accorder leur bénédiction.
Dès le 26 juin, lieux divers, Toulon & Ollioules. Rens: operadetoulon.fr
photo : La Petite Sirène © Opéra de Nice