L’utopie éphémère de Georges Rousse

L’utopie éphémère de Georges Rousse

Georges Rousse investit l’abbaye de La Celle avec l’exposition Utopia. L’artiste français y présente deux créations originales et une rétrospective, axées sur le dialogue permanent entre peinture, architecture et photographie.

Il est des lieux dont la destination première n’est pas la présentation d’œuvres d’art ou de performances artistiques : ce ne sont ni des musées, ni des galeries, mais, par leur histoire, ils offrent un écrin particulier qui souvent entre en résonnance avec les pièces présentées. Ainsi en va-t-il de l’Abbaye de La Celle qui accueille actuellement Utopia – Créations et rétrospectives, une exposition de Georges Rousse faisant partie de la programmation des Rencontres d’Arles, dans le cadre du Grand Arles Express 2025.

C’est donc dans ce lieu, classé monument historique en 1886 et accueillant depuis 2016 des expositions temporaires en lien avec son histoire, que le photographe-plasticien Georges Rousse, célébré dans le monde entier depuis plusieurs décennies, présente son travail. L’artiste a pour habitude d’investir des lieux singuliers — généralement abandonnés — qu’il affectionne particulièrement, les transformant en espaces picturaux pour y construire une œuvre éphémère, unique, que seule la photographie peut restituer. « Je fais appel à de nombreuses pratiques artistiques : je suis dessinateur du projet, peintre dans le lieu, architecte par mon interprétation de l’espace et la construction que j’y organise, enfin photographe pour rassembler toutes ces actions« , aime à dire Georges Rousse. 

La partie Créations de l’exposition se tient dans le cloître de l’Abbaye, où la perception habituelle de l’espace est troublée par une déstructuration des éléments : voûtes, murs, escaliers. La couleur est posée à même la pierre, créant ainsi un « nouvel espace » par des effets de perspective, d’anamorphoses et de trompe-l’œil. Dans les deux interventions in situ que Rousse a réalisé, on retrouve le cercle et le jaune, allégories de la spiritualité du lieu, mais aussi le noir, en hommage au Carré noir sur fond blanc de Malevitch, source d’inspiration récurrente pour Rousse. 

La section Rétrospective, quant à elle, se tient dans le dortoir et le réfectoire, et retrace le parcours de l’artiste des années 1980 à aujourd’hui, à travers des œuvres réalisées dans le monde entier, représentatives de l’évolution de son rapport à l’espace et à la matière. Vous pourrez notamment y découvrir Clichy, un ancien garage abandonné dans lequel l’artiste a créé une structure immatérielle suggérée par différentes couleurs, mais aussi Deauville, où, invité par le festival Planches Contact à réaliser une œuvre, Georges Rousse a investi l’ancien Yacht Club — construit sur un ancien bunker défendant le port — pour y créer deux œuvres : une intérieure et une extérieure, toujours dans ce jeu de trompe-l’œil, d’anamorphoses et de constructions géométriques.

C’est donc une exposition singulière qu’il vous est proposé de découvrir ici, sous le commissariat de Laura Serani, curatrice indépendante. D’autant plus remarquable qu’elle se tient dans un lieu chargé d’histoire !

Jusqu’au 2 nov, Abbaye de la Celle. Rens: abbayedelacelle.fr

photo : vue de l’exposition de Georges Rousse à l’Abbaye de La Celle © Georges Rousse

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