26 Juin Nice Jazz Festival : la tradition en mouvement
Nice est définitivement une ville amie du jazz. Pour tous les musiciens qui en sont issus, et pour toutes les éditions du désormais Nice Jazz Fest qu’elle nous a proposées et qui ont accueilli tant de styles et de héros de cette musique. L’édition 2025 poursuit cette tradition en invitant des pointures à côté d’ensembles moins consacrés.
L’Europe et la France sont bien représentées sur l’affiche, mais on se souvient quand même que le jazz est né en Amérique et qu’il continue de se développer là-bas avec une inventivité qui étonne. Plaisir donc de croiser quelques stars !
Comme Sullivan Fortner, l’un de ces pianistes qui nous épatent parce qu’il sait tout faire ou presque. Technique éblouissante, lyrisme de la phrase, frissons de l’harmonie, il sait magnifiquement renouveler l’art du trio piano-contrebasse-batterie et on l’entendra avec sa nouvelle formation fort peu connue ici. Sullivan porte en lui toute l’histoire de sa musique et sait évoquer, en quelques notes, aussi bien le balancement de Fats Waller et le swing des années 30, que les incandescences du be-bop. On attend donc avec tout autant d’impatience son second concert du festival, et l’hommage qu’il rendra à Oscar Peterson, ce colosse du piano qui aurait eu cent ans cette année.
D’autres vedettes lui succèderont, tel John Scofield, qui a su réinventer la guitare depuis les années 70. Sans virtuosité démonstrative, il est à l’opposé du guitar-hero, bien qu’il ait pimenté les orchestres de Charlie Mingus ou Miles Davis.
Toujours dans la famille américaine, on pourra écouter le bassiste-compositeur Christian McBride qui a encore une fougue de jeune homme et l’expérience de celui qui a joué depuis des années avec le Tout-New York. À ses côtés, Benny Green au piano, et Gregory Hutchinson à la batterie pour évoquer la mémoire de Ray Brown, autre grand inventeur de la contrebasse. On le voit, le jazz d’aujourd’hui se nourrit sans nostalgie de son passé !
D’autres groupes fascinent par leur côté all-stars en alignant démocratiquement des instrumentistes qui par ailleurs sont tous des leaders. À cet égard, The Cookers donne le tournis : sept solistes de haut vol qui ont passé l’âge de vouloir tirer la couverture à eux et se renvoient la balle avec une grâce souriante. Et que dire de la soirée Jazz Celebration, qui alignera sur scène China Moses, Hugh Coltman, Pablo Campos, Robin McKelle, Jowee Omicil… En revanche, pour Avishai Cohen, c’est un peu le contraire. Ce contrebassiste de talent (à ne pas confondre avec le trompettiste éponyme) aime qu’on l’admire et qu’on l’acclame, mais c’est toujours une joie de retrouver ses mélodies chantantes et son swing communicatif.
Alors, n’y en aurait-il que pour le Nouveau Monde ? Pas du tout ! Nice invite aussi des artistes d’horizons bien différents, comme cette tête de gondole du jazz manouche, un genre né en France. Cette musique se fait bien souvent en famille, et c’est la dynastie des Rosenberg, Stochelo et Mozes, qui s’inspirera de l’univers musical de Charlie Chaplin. Pour évoquer les frôlements avec le rock, le funk ou les univers ultra-marins, on osera bien sûr se frotter à Monsieur Mālā, inclassable groupe, né en France, aux couleurs internationales.
Nous aurions également pu évoquer tous ces artistes qui ne font pas du jazz (Santa, Feu! Chatterton, Earthgang, -M- dans le projet Lamomali, ou encore Polo & Pan) mais qui, par leur seule présence, démontrent que le jazz et ses temples (salles et festivals) ont toujours été ouverts à tous les courants. De même qu’ils s’en nourrissent pour offrir quelque chose de neuf et perpétuer la grande tradition de la Note Bleue : l’échange et le croisement.
24 au 27 juil, Théâtre de Verdure & Place Masséna. Rens: nicejazzfestival.fr