26 Juin Pourquoi les vivants ont-ils besoin des morts ?
Du 21 juin au 28 septembre 2025, l’Hôtel Départemental des Expositions du Var (HDE Var), à Draguignan, accueille l’exposition Fantômes. Cette initiative du Département du Var offre une immersion dans le monde spectral, non pas pour répondre à la question de l’existence des fantômes, mais pour comprendre pourquoi l’humanité, à travers les âges et les cultures, ressent le besoin de croire en eux.
Cette exposition est née d’une proposition du commissaire Philippe Charlier, médecin légiste, anthropologue et archéologue, qui dirige le LAAB (Laboratoire Anthropologie, Archéologie, Biologie) à l’université Paris-Saclay. Un homme déjà familiarisé avec l’étude des « mauvais morts » comme les momies ou les vampires, et qui s’intéresse aux entités qui ne « restent pas tranquilles« , indique-t-il.
« Une génération de mauvais morts »
La fascination pour les fantômes est universelle et traverse toutes les civilisations. Et selon lui, cette attraction découle de notre difficulté à accepter un adieu définitif à nos défunts, et de notre besoin de maintenir une « porosité entre le monde des morts et des vivants« .
Qui plus est, cette nécessité s’est manifestée avec une acuité particulière lors de la crise sanitaire liée à la COVID-19, qui aura fortement mis en évidence ce besoin. La pandémie a entraîné des « morts sans rituel« , où les proches n’avaient pas pu tenir la main des mourants, les accompagner, ni même assister aux funérailles en raison des restrictions. Ce contexte particulier a créé « une génération de mauvais morts » pour laquelle il est nécessaire de « cicatriser« . L’analyse anthropologique menée pour l’exposition, incluant des entretiens avec des familles, des soignants et des religieux, a révélé que l’intensification des croyances aux fantômes est un phénomène historiquement observé après des périodes de forte mortalité, comme les épidémies…
Une mosaïque des représentations spectrales
L’exposition offre une mosaïque des représentations spectrales. Elle montre comment les fantômes se déclinent dans différentes civilisations, qu’il s’agisse du Japon traditionnel, du vaudou béninois ou des indiens Navajos aux États-Unis. Un point commun universel réside dans leur aspect souvent « flottant, subtil, évanescent« . Cependant, leurs natures varient, « certains sont lumineux, d’autres bienveillants, et d’autres encore très méchants« .
Le parcours de visite est organisé en six chapitres : Revenants antiques, Nos Fantômes, Esprit, es-tu là ?, Lieux hantés, Technologies et chasse aux fantômes, et Spectres d’ailleurs. Cette structure permet « un voyage étonnant sur tous les continents, de l’Antiquité à nos jours« . L’exposition retrace l’histoire des fantômes les plus anciens connus, depuis une tablette babylonienne jusqu’aux fantômes contemporains et ses manifestations en Asie, en Amérique ou encore en Océanie, en s’intéressant à différentes pratiques comme le spiritisme ou l’analyse anthropologique.
Environ 300 objets constituent cette collection. On y trouve des vestiges archéologiques, des œuvres d’art, des objets ethnographiques, des éléments liés à la littérature, au cinéma, à la photographie, à la bande dessinée, ainsi que des outils technologiques.
« Un aspect thérapeutique »
L’exposition aborde également le rapport ambivalent que nous entretenons avec les fantômes : on se dit « cartésien, scientifique » et on n’y croit pas, mais en parler peut « faire peur. Proposez à quelqu’un de dormir dans un endroit où s’est produit un drame, vous verrez.«
Certaines cultures ont d’ailleurs développé des moyens pour « domestiquer leurs peurs » liées aux fantômes. Les exemples du masque de Rangda de Bali ou du théâtre Nô japonais sont parlants : ici, des acteurs ou des moines incarnent des fantômes pour tenter de diminuer la rancœur, soulignant par là un « aspect thérapeutique » des fantômes.
L’exposition intègre aussi une approche critique et scientifique. Elle analyse les apparitions dans des maisons dites hantées, invitant à se demander si les phénomènes perçus comme une hantise ne pourraient pas être interprétés différemment. Elle présente ainsi des « objets à vérifier la réalité des fantômes« , tels que des enregistreurs d’infrasons ou des outils mesurant la « déviation de champs magnétique« , et montre « une science au service du spiritisme« .
Fantômes s’adresse à tous les publics. Elle n’a pas pour but de faire peur, bien au contraire : elle est parfaitement adaptée aux enfants, familiarisés aux fantômes à travers la fiction ou les jeux vidéo. Lors du parcours, le visiteur est invité à changer de regard sur ces figures mystérieuses. Et en sortant, il devrait pouvoir se dire : « Maintenant, je comprends pourquoi les fantômes sont utiles au vivant, » conclut le commissaire Philippe Charlier.
Jusqu’au 28 sep, Hôtel Départemental des Expositions du Var, Draguignan. Rens: hdevar.fr
photo: vue de l’exposition Fantômes, HDE Var © N. Lacroix CD83