26 Juin Quel futur pour la Méditerranée ?
Pollution, réchauffement, surpêche… La Méditerranée est au cœur d’une crise écologique sans précédent. Pourtant, des initiatives comme l’exposition immersive Méditerranée 2050 à Monaco tentent de faire émerger des solutions concrètes et collectives pour sensibiliser.
Autrefois « symbole des progrès des civilisations« , la Méditerranée est aujourd’hui celui des « dysfonctionnements et des tensions de la planète« , rappelait le Prince Albert II de Monaco lors de son discours à la COP27, en Égypte, en 2022.
Si la mer intérieure qui borde nos côtes ne couvre que 1 % de la surface des océans mondiaux, elle abrite une biodiversité exceptionnelle : plus de 17 000 espèces marines, dont 19 % sont endémiques. Des espèces emblématiques, telles que le phoque moine, le grand dauphin ou le thon rouge de Méditerranée, y trouvent refuge.
Un « état des lieux » inquiétant
Mais cet écosystème unique est gravement menacé. Avec la pression démographique — 580 millions d’habitants prévus en 2050, dont un tiers en zones côtières —, les littoraux sont déjà artificialisés à 40 %. Pollution, réchauffement climatique, surpêche industrielle et trafic maritime intense dégradent chaque jour un peu plus les habitats. En 2020, 73 % des stocks halieutiques —sous-populations de poissons, pour lesquelles les paramètres de croissance, mortalité, etc. sont traditionnellement considérés comme des facteurs significatifs déterminant la dynamique de population — étaient surexploités. Des efforts de régulation ont permis de faire descendre ce chiffre à 58 % en 2021, mais le danger reste omniprésent.
Le climat n’épargne pas non plus la Grande Bleue. La température de surface y augmente de 0,3 à 0,45 °C par décennie. Les canicules marines, l’acidification des eaux et la montée du niveau de la mer — jusqu’à un mètre d’ici 2100 — fragilisent de nombreux écosystèmes, comme les coralligènes ou les herbiers de posidonie.
Malgré l’objectif international 30×30 visant à protéger 30 % des océans d’ici 2030, seulement 8,33 % des zones marines méditerranéennes sont aujourd’hui classées comme protégées. Pire encore : seulement 1,5 % disposent d’un véritable plan de gestion efficace. Mais des voix s’élèvent pour refuser le fatalisme. Robert Calcagno, directeur général de l’Institut océanographique, appelle à « changer notre regard sur l’avenir de la Méditerranée« . Il encourage à « faire un pas de côté pour emprunter un nouveau chemin, celui de l’utopie« , rappelant que « l’utopie ne signifie pas l’irréalisable, mais l’irréalisé« , selon la belle formule du scientifique et humaniste Théodore Monod.
Une immersion pour éveiller les consciences
Une exposition immersive
Pour rendre ces enjeux accessibles à tous, le Musée océanographique de Monaco a inauguré, le 29 mars dernier, l’exposition immersive Méditerranée 2050. Sur plus de 1 000 m², elle embarque les visiteurs dans une odyssée spatio-temporelle à travers la Méditerranée, du passé géologique à un futur idéalisé où 30 % des zones marines seraient effectivement protégées.
Le parcours, organisé en quatre grands espaces, propose des expériences sensorielles fortes : les visiteurs peuvent interagir avec une sculpture géante de cachalot dans Océanomania, ou encore embarquer pour une mission futuriste à bord d’un submersible dans Oceano Odyssey. L’exposition culmine avec My Oceano Med, où chacun peut relever des défis pour créer sa propre Aire marine protégée — à prolonger ensuite chez soi via une application web interactive. En complément, une animation en réalité virtuelle permet de plonger dans des écosystèmes marins prospères et protégés, sans masque ni tuba… mais avec un casque sur la tête et, qui sait, une furieuse envie de tout changer.
Depuis le 29 mars, Musée Océanographique de Monaco. Rens: musee.oceano.org
photo : vue de l’exposition Méditerranée 2050, Musée océanograpique Monaco © Institut océanographique Monaco, Frédéric Pacorel