26 Juin Saint-Paul, au carrefour des musiques
Saint-Paul de Vence, lieu de prestige et de mémoire culturelle, refait cette année le pari d’un festival atypique, qui défie les étiquettes en alternant des concerts issus de mondes différents, qui se mêlent peu et se croisent trop rarement : du classique et du jazz, de la musique écrite et des chorus improvisés, des voix et des instruments.
En 2011, le quatuor Modigliani crée ce Festival de Musique Classique & Jazz enjambant les genres alors que les quatre musiciens possèdent une solide pratique du répertoire classique ou romantique. Quatorze ans plus tard, ce sont eux qui ouvriront le bal, toujours confiants dans l’acoustique de la place de la Courtine. Car pour toute la durée de la manifestation, les concerts auront lieu en plein air. Amusant paradoxe que de faire de la musique de chambre en faisant tomber murs et plafond ! Bonne chose aussi que ces défis qui nous font tendre l’oreille, frémir quand un instrument en rejoint un autre, ou s’en éloigne, quand un violon souligne un alto, et qu’un violoncelle les soutient voluptueusement…
Exercice légèrement différent le lendemain, à la Fondation Maeght : le prestigieux Trio Busch qui fait entendre violon, violoncelle et piano. C’est encore la musique classique qui viendra refermer le festival, avec les deux dernières soirées. D’abord un récital de piano à quatre mains, celles de Béatrice Rana et Massimo Spada, dans des transcriptions cristallines d’œuvres écrites au départ pour l’orchestre: la rêveuse Ma Mère l’Oye de Ravel et le tempétueux Sacre du Printemps de Stravinsky. Pour clore la fête, un duo en vogue : Renaud Capuçon au violon et Guillaume Bellom au piano.
Mais ce qui fait la particularité de ce festival est l’accueil de formations bien différentes, avec notamment des voix qui viennent du jazz. Telle Gabi Hartmann qui chante de façon fragile et émouvante, flirte avec la chanson française et ne dédaigne pas les détours par le Brésil ou les traditions antillaises. Elle sera suivie par Celia Kameni et sa Méduse. Ce dernier projet forme un bel écrin autour de sa voix profonde, tantôt douce tantôt rauque, qui fait sonner son corps, donne à entendre sa peau comme caisse de résonance de sa poitrine. Avec ses musiciens et sa rythmique originale qui va du violoncelle au piano préparé, elle suggère toute une ambiance sous-marine pour nous entrainer dans des profondeurs mystérieuses !
Les King’s Singers, six vocalistes a cappella, virevolteront quant à eux d’une époque et d’un compositeur à l’autre avec une franche insouciance doublée de maestria. Tandis qu’avec Valentin Tournet et le groupe Djedjotronic, on assiste à l’alliance imprévue d’une viole de gambe et d’un collectif de musiciens electro… Une belle et téméraire programmation qui remet en perspective les catégories musicales ordinaires !
19 au 27 juil, Place de la Courtine & Fondation Maeght, Saint-Paul de Vence. Rens: festivalsaintpauldevence.com
photo: Festival de musique de Saint-Paul-de-Vence © DR