26 Juin Sea, Sex n’Rock à Nellcote
À l’espace Culturel du Lavandou, l’été sera torride avec l’exposition Rolling Stones 1971 du photographe Dominique Tarlé : 48 œuvres stupéfiantes qui témoignent du séjour erratique des Stones dans la légendaire Villa Nellcote qui domine le golfe de Villefranche-sur-Mer.
En 1971, Dominique Tarlé, jeune photographe officiel des Rolling Stones, vit à Londres depuis 3 ans. Il les connait et prend des clichés de leurs tournées. Dans les coulisses du Roundhouse à Londres, un dernier concert. Il croise Bianca, qui va épouser Mick Jagger. Elle lui confie que les managers ont 5 ans de retard sur les impôts et que les Stones, au bord de la faillite, sont sur le point de filer à l’anglaise. Le fisc aux trousses. Fissa, le sud de la France. Keith Richards y a loué une villa sans la voir. La baraque fin XIXe est bien cachée, immense, somptueuse. Jackpot, une grande cave humide en sous-sol. Top pour en faire un studio d’enregistrement ! Camions et matos arrivent d’Angleterre.
Puis, Bill et Charlie déboulent. Tarlé raconte : « Je saute dans le train, ça y est je suis là. Villefranche-sur-Mer, avenue Louise Bordes, Villa Nellcote… Bon, j’arrive il est 11h30-midi. Je vois Keith Richards. On passe à table, c’est l’heure de déjeuner. Tout l’après-midi, pour Keith, c’est musique, et pour moi, c’est photo. En début de soirée, je remercie tout le monde pour ce moment exceptionnel. Keith me dit : « Mais où tu vas ? Ta chambre est prête. » Et je suis resté 6 mois. »
Tarlé possède l’art délicat de l’effacement. Dans cet environnement inédit, avec femmes, enfants, potes, et parfaits inconnus, on oublie sa présence. Si bien qu’il assiste au va-et-vient des invités, et autres individus louches. Aucune censure. Témoin privilégié de moments privés, les photos du quotidien des habitants de la somptueuse bâtisse sont bluffantes de naturel. Personne ne prend la pose. Jambes interminables d’Anita Pallenberg déposées sur un dossier de fauteuil, Keith assis par terre, Fender dans les bras. Et les jours de passer… Balades en mer et en famille, femmes, enfants, glaces sur la place du village, bières en terrasse. Et les nuits de rouler comme des pierres au rythme infernal de fêtes à tout casser, à tout fumer, et lendemains de fêtes d’où l’on émerge tout cassé. Plus les répétitions reclus dans la cave humide, impromptues et aléatoires, jusqu’à pas d’heure, auxquelles assiste Tarlé. Il faut souvent attendre Keith, accroc à l’héro. Lui, attend ses dealers. On fait avec.
Résultat du séjour: Exile On Main Street, rocailleux double album sorti le 12 mai 1972, est un diamant noir du Rock enregistré sous influence et haute tension qui luit d’un éclat sombre et brut. Génération après génération, sa vitalité ombrageuse n’en finit pas d’envouter. Keith, torse nu et souriant, et Mick à moto, cheveux au vent, 28 ans en 1971. L’irradiante beauté des photos de Dominique Tarlé nous fascine encore, 50 ans plus tard.
8 juil au 27 sep, Espace culturel, Le Lavandou. Rens: le-lavandou.fr
photo : Mick Jagger et Keith Richards dans la salle à manger © Dominique Tarlé – Galerie de l’Instant