26 Juin Théâtres en Dracénie : une saison anniversaire
La nouvelle saison de Théâtres en Dracénie n’a pas encore démarré que déjà le Théâtre de l’Esplanade faisait salle comble le 10 juin dernier. Il faut dire que c’était jour de présentation du programme. Un beau signe de fidélité et de confiance du public, impatient de découvrir les surprises que lui avait réservé la maîtresse de cérémonie, Maria Claverie-Ricard, directrice du Théâtre.
Théâtres en Dracénie célèbre sa 30e année et le 10e anniversaire de son festival L’ImpruDanse. Pour cela, musique, voltige, danse et acrobaties rythmeront bon nombre des spectacles marqués d’une certaine folie douce. Et même en faisant l’école buissonnière, car Afanador du Ballet National d’Espagne, accompagné de ses 40 interprètes, se produira le 23 novembre au Palais des Festivals à Cannes, entre flamenco et contemporanéité — avec un transport en navette pour y accéder.
Faites preuve d’ImpruDanse !
Temps forts de chaque saison depuis une décennie désormais, le festival L’ImpruDanse déroulera une quinzaine de spectacles dans toute la ville, entre le 14 mars et le 4 avril 2026. Synthèse de toutes les explorations chorégraphiques, le festival s’ouvre sur Un grand récit de Nacim Battou qui nous entraîne dans une épopée où tous les genres se mêlent — hip hop, classique et contemporain —, avant un Blossom qui fera éclore toute une floraison de danses, chants et voix en une folle farandole de corps. Cette « co-régraphie » de Sandrine Lescourant est aussi une performance participative, une invitation à la bienveillance.
Anna Pérez présentera quant à elle deux pièces: Stans en journée, et Stabat Mater, les voix du corps en soirée. Le flamenco s’accorde ici à un langage rassembleur s’appuyant sur trois danseuses, un chanteur et un guitariste… Le directeur du Théatre National de Chaillot, Rachid Ouramdane et ses 10 interprètes nous emporteront Contre Nature dans un geste aérien et d’époustouflantes prouesses techniques. Puis ce sera Camus est hip hop, entre misère et soleil, de et avec Hosni et Jamal M’hanna, pour un duo chorégraphique et théâtral autour des engagements de l’auteur de L’étranger. Le même jour : Prélude de Kader Attou, un crescendo rythmique dans une intensité croissante, entre sonorités électro-acoustiques et Breakdance.
Nous reviendrons sur le détail de la programmation, mais comment ne pas dès à présent évoquer 3S, une chorégraphie de l’immense Sidi Larbi Cherkaoui, directeur du prestigieux ballet du Grand Théâtre de Genève ! Danse, chant et vidéo s’entremêlent. Trois danseurs et trois chanteuses dessinent une carte du monde et des plaies qui le déchirent.
En quête de sensations
Le corps toujours, et tout au long de la saison, avec notamment Warriors, pour le lancement le 26 septembre, un spectacle gratuit entre danse et acrobatie interprété dans le cadre d’une sortie de résidence du collectif Wanted Posse. Sur une chorégraphie de Njagui Hagbe, 9 danseurs ancrés dans la culture de la rue et des battles racontent leur histoire, leur lutte pour la solidarité, le respect, la reconnaissance.
Les arts du cirque reviennent aussi traditionnellement dans le répertoire de Théâtres en Dracénie. On s’envolera avec KA-IN, par le Groupe acrobatique de Tanger, qui livre un hymne à une jeunesse en quête d’une vie nouvelle. De l’énergie à revendre ! Quant à la compagnie québécoise Machine de Cirque, avec Kintsugi, elle nous projettera dans un monde parallèle, au cours d’un spectacle vertigineux tout en hauteur — accrodanse, sauts, envolées au trapèze et autres prouesses jusqu’au vertige de l’extrême… Ce sera en décembre, pour les fêtes !
Une exploration de tous les théâtres
Une large place est également accordée au théâtre de textes et d’acteurs. Et toujours l’indépassable Molière, avec Le Misanthrope, le ciselage des alexandrins, le personnage d’Alceste interprété par Eric Elmosnino et une mise en scène par Georges Lavaudant. Un classique qui nous plonge dans l’éternité des ténèbres de l’humain et ses splendeurs au cœur d’un décor reconstitué d’une Galerie des glaces versaillaise et de dorures ternies.
Nous voici loin d’une vision classique pour ce On purge bébé de Georges Feydeau, revisité par Karelle Prugnaud. Au contraire, le vaudeville est traversé par sa traduction dadaïste, la cruauté est de mise et la pièce est emportée dans un ouragan !
Encore plus de folie avec La force de la farce, un spectacle de pur délire proposé par François Herpeux. Totalement décousu et cousu de gags, de mimiques, de jeux de mots: le pitre est ici un génie! Plus grave, mais demeuré tellement actuelle dans son message, voici La folle journée ou le mariage de Figaro d’après Beaumarchais, avec Philippe Torreton et des trésors de mots, de quiproquos et de rebondissements. On ne rira jamais assez. Alors, un bon conseil allez voir Thomas Potevin, vous économiserez psychiatres et antidépresseurs! Des spectacles qui s’inscrivent en plein Mois de la farce et de la dérision qui lancera l’année 2026.
Beaucoup moins drôle, Ressources humaines, inspirée du film de Laurent Cantet, devient une pièce mise en scène par Elise Noiraud dans laquelle se joue le conflit d’un fils d’ouvrier et de son ascension professionnelle. Du théâtre classique jusqu’à celui d’aujourd’hui, c’est toujours cette même énigme de l’individu et du collectif qui traverse nos récits.
De la gravité aussi avec cet hommage à Kurt Cobain et son groupe Nirvana. La comédienne Béatrice Dalle, le rapper Youv Dee et le musicien Bastien Burger ressuscitent la légende du « rock sombre, brutal et sale« , autour de 10 textes et autant de chansons. Et comme vous le demande le titre : Come as you are.
Il y aura également du théâtre d’objets pour petits (et grands), avec La ferme des animaux, une animation humoristique autour du roman de George Orwell, soit une métaphore sur l’ivresse du pouvoir. C’est en revanche à partir des arts numériques que le Collectif 8 poursuit ce thème de l’utopie et de l’asservissement technologique dans une adaptation du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley. Réalité, manipulation, intelligence artificielle, sons spatialisés… Huxley écrivait-il déjà le monde d’aujourd’hui ?
D’autres rendez-vous attendent encore le public, et à chacun désormais de compléter sa liste. Au gré des années, chaque programmation ne cesse de s’enrichir dans ce florilège de spectacles que Maria Claverie-Ricard aura dénichés ici ou à l’étranger, pour tous les publics — scolaires y compris. Grâce à elle, et aussi aux beaux musées de la ville, Draguignan est devenue une grande ville de culture. On ne peut que s’en réjouir !
Dès le 26 sep, Théâtre de l’Esplanade, Draguignan. Rens: theatresendracenie.com
photo : Prélude © Carlos Fernandes