26 Juin Vous avez dit Banksy ?
Jusque au 5 octobre, le Musée d’Art de Toulon (MAT) nous offre une belle exposition consacrée aux street artistes, avec évidemment Banksy en figure de proue. Il trône sur l’affiche, le titre, toute la communication… et dans l’imaginaire collectif.
Exposer Banksy, c’est l’assurance pour le MAT d’un bon taux de fréquentation. C’est que l’artiste le plus célèbre de la planète urbaine a de solides arguments. A commencer par la qualité de son art, bien sûr. Mais aussi son anonymat fort bien entretenu par lui-même ou par ceux qui ont littéralement fait exploser sa notoriété et la valeur de ses œuvres: est-il un, est-il plusieurs ? Et evidemment tous les événements qui ont contribué à cette « explosion » dans les médias et les réseaux sociaux du monde entier. Si nous ne devions n’en retenir qu’un seul, ce serait la vente aux enchères en 2018 d’une de ses copies numérotées de sa fameuse Girl with Balloon : adjugée à plus d’un million de dollars, elle s’est alors en partie autodétruite via un broyeur invisible implanté dans son cadre. Renommée par l’artiste Love is in the Bin (L’Amour est dans la Poubelle), son prix atteint aujourd’hui des sommets. La version présentée au MAT est une sérigraphie sur papier datant de 2004.
Banksy est incontestablement la vedette de cette exposition : plus de 40 œuvres sur les 80 proposées. Et le MAT nous offre un panorama assez complet de sa démarche esthétique, sociologique et politique. On connaît ses prises de position pacifistes, notamment sur le mur de séparation érigé par Israël en Palestine. Mais « son iconisation repose principalement sur ses prises de position affirmées contre les dérives consuméristes de la société occidentale« , nous indique-t-on.
Banksy… et les autres
En écho à cet engagement, l’œuvre Dans quel monde VUITON ? (1988) d’EZK, également exposée, fait joliment le lien. Ce qui nous conduit aux 31 autres artistes présents dans cette exposition au propos très pédagogique. Des panneaux clairs retracent les étapes clés du tag puis du Street Art, via des évènements marquants de la vie des artistes exposés, mais aussi de l’intégration progressive de leurs œuvres dans les musées, les livres, les documentaires… On salue au passage une mise au point bienvenue — enfin ! L’origine du tag est officiellement attribuée à Cornbread, à Philadelphie en 1967, et non à New York comme on nous l’a laissé croire depuis longtemps.
En outre, c’est là aussi très bien expliqué, les œuvres sont exposées et classées en fonction de la nationalité de leurs auteurs. Côté Américains, on retrouve notamment Crash, JonOne, Obey, Basquiat, Keith Haring… Ces deux derniers faisant écho à l’exposition Andy Warhol qu’a accueilli La Banque à Hyères, au printemps dernier (voir La Strada n°374). Côté Français, notons les présences Zlotykamien, EZK, JR, Blek Le Rat, Madame, ou encore Speedy Graphito. Celui-ci ayant signé une saisissante exposition dans le Cloître de la cathédrale de Fréjus en mai (La Strada n°375). Sont également exposées, les Italiens Blu, Ozmo, Raul, Ravo, et d’autres figures majeures internationales comme 3D, Osgemeos, Nevercrew…
Un grand absent cependant dans le panorama historique du street art français — nous devrions dire de l’art français : Ernest Pignon-Ernest. Étrange oubli… Rattrapé par une heureuse coïncidence : une exposition spécifique lui est consacrée, dans le Cabinet de Curiosité du MAT, avec de sublimes pièces issues de la collection du musée.
Pour terminer, nous ne pouvons-nous empêcher de crier une fois encore : enfin ! Car lors de la visite presse, nos hôtes ont prononcé correctement le nom de l’artiste. On dit bien BankSy — avec le « s » après le « k » — et non BanSky, comme on l’entend un peu partout, journalistes compris. Même si, on vous l’accorde, cet étonnant artiste nous emmène parfois jusqu’au ciel (sky) !
Jusqu’au 5 oct, Musée d’Art de Toulon. Rens: toulon.fr