« Chaste déesse » à Châteauvalon

« Chaste déesse » à Châteauvalon

Norma, bel opéra de Bellini, dont l’air culte Casta Diva fut jadis immortalisé par la divine Maria Callas, a marqué les mémoires. Il fut présenté en ouverture du Festival d’été de Châteauvallon, en partenariat avec l’Opéra de Toulon, lors de deux soirées fin juin dans l’amphithéâtre du site varois.

L’Opéra de Toulon, bâtiment de 1862, vidé de ses sièges et de toute sa structure intérieure, a été exceptionnellement ouvert dans l’après-midi à la Fondation du Patrimoine. Celle-ci a pu constater l’avancée des travaux, la restauration de la toile de Louis-Jean-Noël Duveau (L. Duveau pinxit !), parsemée de mille symboles, qui orne la coupole. Les Victoires ceinturant les balcons sont également en cours de nettoyéage, dorées ou blanchies. L’une d’elles porte sur son sein une salamandre — talisman protecteur bien caché — censée protéger l’opéra des incendies !

Norma extra muros, mais comme à Bayreuth… sur la colline !

« Mise à la rue », Norma fut donc jouée hors les murs, dans l’amphithéâtre de Châteauvallon, sculpté il y a 60 ans par Henri Komathis. Changement d’ambiance donc pour cette œuvre lyrique, mise en espace, en plein air, par Emmanuelle Bastet, habituée des opéras wagnériens !
Initialement annoncée, la soprano tchèque Zuzana Markova, 39 ans, a été remplacée pour raisons de disponibilité par la soprano géorgienne Salomé Jicia, également âgée de 39 ans. Pas facile de trouver au dernier moment une chanteuse disposant de la voix, connaissant le rôle… et libre à ces dates ! Tour de force pour la direction artistique, rompue à ce genre de défis.

« Un beau casting !« , estime Benoît Salmon, premier violon solo de l’Orchestre Symphonique de l’Opéra de Toulon. Il souligne la direction exceptionnelle d’Andrea Sanguinetti — chef germano-italien de très haut niveau, directeur musical de l’Orchestre Philharmonique d’Essen — qui a su magnifier la musique de Bellini, mettant en valeur la voix dans une configuration inédite. Il insiste aussi sur le sublime solo de flûte de Boris Grelier, qui a introduit Casta Diva avec une sonorité merveilleuse.

Pollione, incarné par Matteo Falcier — actuellement en Italie pour interpréter Nadir dans Les Pêcheurs de Perles — fut remarqué et remarquable, tout comme Adalgisa, interprétée par Emily Sierra, une très belle soprano à la voix pure, selon les échos du public. L’orchestre et le chœur, dirigés par Christophe Bernollin, furent longuement applaudis, tout comme Norma — la prêtresse pécheresse — brillamment interprétée par Salomé Jicia.

Choristes et têtes d’affiche, vêtus de noir comme des ombres, gravirent solennellement la scène. En arrière-plan, les musiciens — tout aussi sombres — apparaissaient entre les six piliers rouges dressés sur scène, évoquant des arbres ou les flammes du bûcher final.
Le solo de flûte de Boris Grelier fut aussi un grand moment. Le merveilleux duo du deuxième acte entre les deux femmes rivales, Norma et Adalgisa, fut également salué.

Le public, presque confortablement installé sur les pierres chauffées à blanc des gradins, a savouré l’œuvre, oubliant — ou presque — l’austérité du lieu et son assise spartiate.

Nouvelle production de l’Opéra de Toulon, donnée lors de deux soirées mémorables, elle s’inscrit dans les célébrations du 60e anniversaire de Châteauvallon.

photos: Norma en ouverture du Festival d’été de Châteauvallon © Kévin Bouffard – Opéra de Toulon