08 Juil Le Festival de musique de Toulon enchante la Tour Royale
Depuis cinq siècles, la Tour Royale a été témoin de bien des événements et a vu passer nombre de célébrités de tous horizons — même Napoléon, lors du siège de Toulon ! Et depuis quelque soixante ans, le Festival de Musique de Toulon et du Var y offre des concerts mémorables, faisant appel à des artistes de renom.
En juillet, le Trio Wanderer a affronté une chaleur rare en ce lieu. Malgré une température extrême en bord de mer, les musiciens ont eu le courage, après Beethoven et Ravel, d’offrir un magnifique bis de Dvořák, longuement applaudi. Jean-Marc Phillips-Varjabédian (violon), Raphaël Pidoux (violoncelle) et Vincent Coq (piano) forment un trio devenu incontournable sur la scène musicale internationale.
Parrain du Festival, Marc Thiercelin, navigateur présent à la Tour Royale, était dans son élément : non seulement ce « héros » du Vendée Globe était entouré par la mer, mais il se montrait à l’aise auprès du violoniste et du violoncelliste. Formé à l’école Boulle, autrefois, le navigateur envisageait de travailler le bois… Peut-être aurait-il pu créer des violons en érable ? La mer l’a happé trop fortement, mais il n’a pas renoncé pas à l’emprise de la musique pour autant…
Une soirée Schubert avec le Geister Duo a succédé à la première, le 4 juillet, dans la cour de la Tour Royale, sous une touffeur similaire… qu’une brise légère vint soudain atténuer. Les deux pianistes, David Salmon et Manuel Vieillard, supportant vaillamment leur veste de costume — de l’héroïsme par 35° ! — ont interprété à quatre mains le Rondo en la majeur, D. 951, huit variations sur un thème de la Marie de Hérold, D. 908, des extraits des Six grandes marches, D. 819, ainsi que la célèbre Fantaisie en fa mineur, D. 940. Unanimement salués pour leur parfaite symbiose artistique, le deux hommes forment l’un des duos les plus prometteurs de leur génération. Ils se produisent dans le monde entier, sollicités en Allemagne, Belgique, Hollande, au Canada, en Pologne, en Corée, et bien sûr en France, où, après la Tour Royale, ils joueront à La Roque d’Anthéron — un lieu tout aussi important à leurs yeux !
Ressusciter l’âme de Schubert…
Schubert, tendre et affectueux, parfois défiant, ne se livrait pas facilement. Au fond de lui, des pensées sombres, une mélancolie persistante, du désespoir… et quelque chose de tragique. Ce sentimental a écrit plus de 600 Lieder et a composé Le Roi des Aulnes (Erlkönig) à l’âge de 18 ans ! Puis vint La Mort et la jeune fille — devenu La Jeune fille et la mort — l’un de ses plus célèbres Lieder… Rappelons que la France fut l’un des premiers pays à accueillir les œuvres du compositeur viennois et à les admirer dès 1829.
Ce 4 juillet, le Festival de Musique de Toulon et du Var, qui offre de grands moments à un public toujours plus dense et exigeant, a célébré, après le merveilleux Geister Duo, l’anniversaire de son past-président. Séverine Baume, qui assure la programmation et sélectionne les artistes, n’a pas oublié que Claude Pinet a porté le festival pendant près de deux décennies ! Cela valait bien une bougie…
Schubert aurait aimé cela, lui qui, grâce aux doigts agiles de David Salmon et Manuel Vieillard, a semblé revivre le temps d’une soirée. Un hommage largement mérité à ce génie discret, qui ne pensait qu’à créer, réapparaissant devant ses amis après des nuits entières d’écriture, tel un halluciné… Peut-être pressentait-il sa fin prématurée ? À 31 ans, le compositeur autrichien quittait ce monde, laissant une œuvre bouleversante, un legs inestimable à l’humanité.
photo: Le Giester Duo à la Tour Royale, Toulon © Festival de Musique de Toulon