21 Juil À fleurs de femmes
Photo, histoire, mode… Trois expositions sont à découvrir durant la période estivale dans les différents espaces du Musée Fragonard à Grasse.
Femmes dévoilées et hommes en fleurs
« Arracher les roses n’empêchera pas le printemps de revenir« , proclame Chékéba Hachemi, cette femme afghane, exilée d’un pays où les fleurs se dessèchent sur les murailles minérales du désert, un pays aux portes de l’Iran où là aussi roses et jasmin embaument les jardins et le cœur des femmes de nouveau cruellement asservies à la toute puissante loi de certains hommes. Terres de paradoxes et visages aux sourires sombres se mêlent au parfum envoûtant des photographies de Fatimah Hossaini et de Oriane Zérah.
Présentée au Musée Jean-Honoré Fragonard, l’exposition Femmes dévoilées et hommes en fleurs, un nouveau visage de l’Afghanistan relate ces glissements contradictoires qui s’opèrent hors des clichés et certitudes dans lesquels trop souvent on s’enferme, quand ici tout n’est que mouvement, évanescence et que dans l’œil d’un tyran peut encore briller l’espoir des larmes d’une fleur. Images hors du temps, comme surgies d’un jardin des Mille et Une Nuits, voici que les regards de ces êtres d’Orient s’affrontent aux nôtres comme revenant d’un autre siècle pour nous parler d’espoir et de beauté, là où la lumière s’est éteinte, mais où les pétales des fleurs diffusent encore leurs rayons de soleil. Ces deux artistes photographes restituent dans la blessure de leur histoire une poésie magistrale, toute en couleur et en clair-obscur. Visages et fleurs tour à tour se toisent avec orgueil, ou se confondent dans une même incertitude quand le temps et l’espace seuls les recouvrent d’un voile. De ce face à face de l’homme et de la femme afghane, c’est toujours la fleur de l’espoir qui s’épanouit…
Le jardin d’Hélène
Temps retrouvé mais sans l’ombre de jeunes filles en fleurs, au cœur du Musée provençal du costume et du bijou, avec l’exposition Le jardin d’Hélène, pour un hommage lumineux à celle qui créa ce musée en écho aux collines florales des parfumeurs de Grasse : Hélène Costa. Et tout pourrait ici se résumer à cette phrase de Rousseau : « La nature elle-même semblait se refléter dans ses vêtements, et ses robes à fleurs étaient comme une extension du monde extérieur, un jardin vibrant porté par l’âme d’une femme. » Voici donc saisi du XVIIIe siècle jusqu’à la fin du XIXe, tout un florilège de soie ou de coton, de motifs végétaux tissés, brodés ou imprimés, taffetas, mousselines, robes, jupons et crinolines emportés par des vagues fleuries dans un sourire au temps passé. A ces parures répondent broches et bijoux dans l’éclat de leur matière et leur pouvoir symbolique. Au tournant de la Révolution française, ceux-ci accordent aux vêtements tout à la fois le signe d’une rupture et d’une élégance. Puis ce sera la disparition des manufactures et l’essor de la Révolution industrielle avec le développement de la consommation, une aspiration au confort et un style plus épuré.
Adèle de Romance, peintre libre
Cette période charnière se révèle au travers de la peinture. Celle d’Adèle de Romance (1769-1846) répond aux codes du portrait de son époque et l’exposition du Musée Fragonard s’attache à présenter ces femmes peintres de la génération de Marguerite Gérard. Mais c’est sous l’égide d’Elisabeth Vigée-Le Brun que son talent se développe et, là encore, autour des corps nacrés et du rose des joues, en de délicats camaïeux se déroulent les plis et modulations colorées ou translucides de ces étoffes aériennes et les bijoux scintillent en témoignant aussi d’une position sociale de la femme. Sur fond de paysage, tenant à la main livre ou panier de fleurs, la femme, dans chaque œuvre se lit dans son histoire personnelle au cœur d’une période troublée dans laquelle le portrait signifie plus que jamais la présence du pouvoir.
Femmes dévoilées et hommes en fleurs & Adèle de Romance, peintre libre, jusqu’au 12 oct, Musée Jean-Honoré Fragonard, Grasse • Le jardin d’Hélène, Musée Provençal du Costume et du Bijou, Grasse. Rens: usines-parfum.fragonard.com
photo: vue de l’exposition Femmes dévoilées et hommes en fleurs © Musée Fragonard