21 Juil Barbara Hepworth ou l’art vivant
Jusqu’au 2 novembre prochain, la Fondation Maeght présente une rétrospective de l’œuvre de Barbara Hepworth, artiste britannique parmi les plus influentes du XXe siècle.
Clin d’œil ou hasard, dès l’entrée de la Fondation Maeght, on se confronte à une haute sculpture de Miro avec ses pleins et ses creux dans une forme oblongue dotée d’une excroissance sphérique. C’est déjà une approche du style développé par Barbara Hepworth (1903-1975), artiste anglaise qui fréquenta les proches de la famille Maeght — Giacometti, Miró, Braque, et tant d’autres…
Volumes épurés, souvent perforés par des trous pour faire circuler la lumière, jeux du plein et du vide, relations d’une matière à l’autre, autant de solutions plastiques pour une œuvre qui aura durablement marqué la sculpture du XXe siècle. Fascinée par l’autorité de la matière et de son rapport à l’humain chez Rodin, mais aussi emportée par la quête d’une simplification des formes amorcée par Brancusi, Barbara Hepworth nous entraîne dans une expérience tout à la fois sensorielle et intellectuelle. Conçue selon un parcours aussi bien biographique que thématique, l’exposition Art & Life présente des sculptures, lithographies et autres documents qui rendent compte de toute l’évolution de cette œuvre.
À 22 ans, Barbara Hepworth se rend en Italie pour y étudier les sculptures primitives et celles de l’art roman et de la prérenaissance. Avec son premier mari, John Speaking, elle développe la technique de la pierre taillée. Puis, en 1931, épouse le peintre Ben Nicholson : l’œuvre se simplifie. L’abstraction se réalise alors dans la mémoire de la nature qui se développera aussi bien en Cornouailles que dans les paysages méditerranéens. La lumière façonne l’œuvre dans sa traversée du marbre ou du bois. Mais la sculpture elle-même se module au gré de l’espace environnant et, pour en éprouver tous les éléments, il faut se mouvoir autour d’elle tant les volumes tour à tour s’harmonisent ou se contrarient.
Curieuse de musique, de poésie, mais aussi de sciences, de spiritualité et de politique, Barbara Hepworth ne cesse de relier la nature et l’homme dans leur essence même. Souvent des éléments de plus en plus géométriques se font face ou se détournent comme pour un dialogue silencieux avec nous-mêmes. La signification de l’œuvre prend alors sa source dans la matière elle-même, au-delà des formes stylisées qu’elle emprunte. Brillant ou mat, un marbre diffuse un esprit autre et qu’il s’accomplisse en relation avec un bois verni, un plâtre ou parfois un ajout de peinture, c’est toujours une harmonie que volumes et courbes orchestreront. Parfois les éléments se relient par des fils comme à la même époque chez Naum Gabo pour exprimer la tension qui leur donne vie. Car l’artiste ne cesse d’explorer au cœur de la sculpture toutes les manifestations du vivant.
C’est ainsi que des photographies témoignent aussi de décors, costumes et accessoires réalisés dans les années 50 pour le théâtre. Musique et danse furent indissociables des travaux de l’artiste et cette exposition est une invitation à nous déplacer pour s’engouffrer parmi les orbes et les entrelacs des sculptures afin d’entrer dans la cérémonie des œuvres et des corps : l’art vivant.
Jusqu’au 2 nov, Fondation Maeght, Saint-Paul de Vence. Rens: fondation-maeght.com
photo: Barbara Hepworth, Figure (Walnut), 1964. Collection de la Fondation Maeght (don de l’artiste à la Fondation). Photo Claude Germain. Sculpture offerte à la Fondation Maeght en 1967 par l’artiste © Bowness, 2025