21 Juil Éclats vaporeux au Mas
La saison du Mas des Escaravatiers bat son plein. Et parmi les artistes attendus jusqu’à la fin août (Saïan Supa Celebration, Véronique Sanson, Kompromat, L’Entourloop, Bon Entendeur), un coup de cœur : Biga*Ranx.
Biga*Ranx n’est pas noir, pas jamaïcain, pas rasta. Pourtant, ses tous premiers sons, publiés il y a une quinzaine d’années, sa voix de toaster et sa maîtrise du patois de l’île des Caraïbes, ont surpris bon nombre d’amateurs de reggae.
Né à Tours en 1988, Gabriel Piotrowski connait une enfance compliquée. DDASS, foyer d’accueil. Il y découvre la culture urbaine, Oxmo Puccino, Raggasonic, le skate. Puis l’album Raw Roots du jamaïcain Phil Pratt. Coup de foudre. Il enchaîne des stages de collège chez des disquaires reggae, puis se « forme » dans des sound systems. Direction Paris. Gabriel/Gaby, devient Biga, et rencontre Joseph Cotton au détour d’un studio, avec qui il participe à un freestyle de près de 2h. L’un des morceaux est posté sur YouTube : Air France Anthem. C’est comme ça que le monde le découvre, que je le découvre. C’est là que la légende jamaïcaine le surnomme Ranx (gradé en patois). Son identité complète, il part sur l’île caribéenne, y enrichit sa culture.
Rapidement, il sort son 1er album On Time, en 2011, puis deux autres. Tout va très vite. Mais celui qui se fait aussi appeler Telly* Mundo multiplie les activités — il fait de la peinture et réalise lui-même ses clips, dans un esprit DIY (do it yourself) — et aspire à autre chose, un son différent, qui lui ressemblerait davantage. L’opus 1988, paru en 2017, marque un tournant : il y développe un style dénommé vapor dub, quelque part entre reggae dub et electro cloud, dans un esprit lo-fi « qui consiste à faire de la musique un peu garage, prendre des samples très nuageux, mettre un beat derrière, une boucle de batterie, avec un son un peu distordu, pas très clair« , déclare-t-il alors au micro de RFI. Le titre Liquid Sunshine en est une illustration parfaite. Suivront Sunset Cassette, l’EP St. Soleil, puis Eh Yo! son magnum opus (selon moi), tous illustrés graphiquement par ses soins. Des albums où la langue française et l’autotune prennent toujours plus de place, l’éloignant définitivement de ses premiers balbutiements dans le reggae. Écoutez sa reprise de Cabrel, Petite Marie. Un bijou.
Creusant toujours plus ce sillon urbain, Biga*Ranx vient de sortir Rainshine. Et c’est accompagné d’un batteur sur scène, que l’on pourra écouter ce véritable showman, posé au beau milieu des vignes du Mas des Escaravatiers, la tête dans les étoiles d’une nuit d’été.
8 aoû, Le Mas des Escaravatiers, Puget-sur-Argens. Rens: lemas-concert.com
photo: Biga*Ranx © Ovah