Impressions hypnotiques

Impressions hypnotiques

Impressions, c’est ce festival bref et intense qui entamera le mois d’août au cœur de la prestigieuse Fondation Maeght à Saint-Paul de Vence. Deux soirées hypnotiques, pensées comme des reflets l’une de l’autre.

Imaginée par Marguerite et Aimé Maeght pour exposer leur collection de chefs-d’œuvre acquis auprès d’amis et artistes du XXe siècle, et inaugurée en 1964 par André Malraux, la Fondation Maeght perpétue l’esprit d’ouverture qui a fait sa réputation —  notamment grâce aux mythiques Nuits de la Fondation Maeght où le jazz avant-gardiste de Cecil Taylor, Sun Ra ou encore Albert Ayler résonnait déjà — avec ce festival conçu par Gilles Peterson, DJ londonien, animateur à la BBC, et légende de l’acid jazz.

Cette année, il a convié Céline Dessberg, jeune chanteuse vaporeuse aux origines françaises et mongoles, qui oscille entre les langues et flotte sur une rythmique souple et répétitive. Un rock susurré, comme une fine aiguille qui vous transperce doucement, façon anesthésie légère, pour vous laisser à demi-conscient — et vous faire oublier le temps. 

Elle précèdera sur scène Jowee Omicil, remarquable saxophoniste issu de la diaspora haïtienne installée au Québec. Une migration façonnée par l’histoire : la langue française et les dictatures des Duvalier père et fils. Aujourd’hui fixé en France, le musicien fait vibrer des souvenirs anciens à travers une musique imprégnée de traditions vaudoues. Il joue du saxophone — principalement alto —, parfois de la clarinette, et chante à l’occasion. Son souffle est puissant, précis, sa mélodie sinueuse, comme une calligraphie qui ne s’interrompt qu’à la fin du geste. Il nous entraîne dans ses rituels ancestraux, ses transes retrouvées : Bwa Kayiman ! On y devine le marigot inquiétant et l’alligator à l’affut qui surgit sans prévenir.

Le lendemain, place à Idris Ackamoor & The Pyramids. Là encore, une rythmique serpentine, qui soutient un saxophone ténor rauque, parfois hurleur, puis un violon. On y entend l’écho du titre du festival : Impressions, disque phare de Coltrane, dont persistent ici les réminiscences anxieuses ou apaisées. Comme Omicil, Ackamoor illustre avec invention l’héritage d’un free jazz devenu familier, presque fraternel, malgré ses soubresauts.

Pour conclure chaque soirée : un DJ set. Le premier soir avec Thristian, le second avec le boss Gilles Peterson. Une autre forme d’ivresse, celle qui convoque les corps, sous les regards bienveillants de Miró et de Giacometti.

1er & 2 aoû, Fondation Maeght, Saint-Paul-de-Vence. Rens: fondation-maeght.com

photo: Concert dans les jardins de la Fondation Maeght © Fondation Maeght