Mémoire alpine d’une vallée vivante

Mémoire alpine d’une vallée vivante

Le département des Alpes-Maritimes est sans doute l’un des plus riches en diversité de paysages et de cultures de France métropolitaine. Du littoral méditerranéen aux cimes du massif du Mercantour, en passant par les territoires regroupés sous l’appellation de Haut Pays, il compose une mosaïque de terroirs. C’est celle de la Vallée de la Roya qui est mise à l’honneur dans l’exposition Cumerciaa – Économie alpine et vie commerciale dans la Haute Roya du XIXe au XXe siècle, présentée jusqu’au 31 octobre 2025 au Musée départementale des Merveilles à Tende.

Longtemps perçues comme des terres en marge, les montagnes — les Alpes, en particulier — ont en réalité connu, entre le XIXe et le XXe siècle, un véritable élan économique et social. Loin des clichés d’isolement ou d’immobilisme, ces territoires se sont structurés autour de réseaux d’infrastructures, de formes originales d’appropriation et de gestion des ressources, et d’une pluriactivité typique des populations montagnardes, marquées par la mobilité et l’adaptabilité. La vallée transfrontalière de la Roya incarne parfaitement cette vitalité : ses villages témoignent d’un intense foisonnement commercial, artisanal et touristique. Barbiers, pharmaciens, bouchers, épiciers, mais aussi forgerons, menuisiers, cordonniers ou hôteliers y exerçaient leurs métiers au cœur même des hameaux, participant à une économie locale dense, diversifiée et profondément interconnectée. Malgré les stéréotypes persistants sur l’archaïsme ou l’immobilité alpine, la montagne a toujours été un espace vivant, modelé par des dynamiques historiques, sociales et culturelles fortes. Pluriactivité, savoir-faire, migrations saisonnières, échanges, alphabétisation ou encore structures familiales ont été autant de leviers fondamentaux dans la construction de ce que l’on peut qualifier aujourd’hui d’économie alpine.

Une vallée alpine au cœur des échanges

D’une grande richesse, cette exposition rend hommage à la vie montagnarde, rude mais généreuse, à travers les parcours des commerçants et artisans de la Roya. Documents d’archives inédits, objets ethnographiques originaux par centaines, anecdotes vivantes… tout concourt à faire revivre une époque où les savoir-faire circulaient au gré des migrations, se transmettaient et se diversifiaient selon les besoins économiques locaux.

Prenons l’exemple de la lavande, plante prisée dès l’Antiquité romaine pour ses usages en hygiène, parfumerie ou médecine. Son utilisation s’est perpétuée durant le Moyen Âge et l’époque moderne, jusqu’à connaître un nouvel essor à la fin du XIXe siècle. À Tende notamment, des terrains abandonnés se sont révélés propices à la pousse de la lavande fine. Sa cueillette, souvent confiée à des personnes indigentes ou désœuvrés, a été pratiquée régulièrement entre 1850 et 1950. Ce type d’exemple, parmi d’autres, illustre la diversité des activités autrefois vitales dans la vallée, aujourd’hui pour la plupart disparues ou absorbées par l’industrie moderne. L’exposition met en lumière l’ingéniosité des populations pour répondre aux besoins du quotidien, dans un contexte d’isolement et de déplacements difficiles. Elle réactive un monde révolu, mais dont les fondements ont façonné le présent. « Il n’y a pas d’histoire de l’humanité, il y a seulement un nombre indéfini d’histoires de toutes sortes d’aspects de la vie humaine« , a écrit le philosophe des sciences du XXe siècle Karl Popper. Cette exposition le confirme. 

Notez qu’en complément, le Musée départemental des Merveilles propose conférences, animations, ateliers et projections pour approfondir les thématiques abordées.

Jusqu’au 31 oct, Musée départemental des Merveilles, Tende. Rens: museedesmerveilles.departement06.fr

photo: vues de l’exposition Cumeřciàa © Musée des Merveilles / Département06