À toi Françoise

À toi Françoise

Tu es entrée dans ma vie (il n’y a pas si longtemps que ça) comme un soleil fulgurant, puissant, radieux, dont je ne pouvais me passer. Nous nous appelions pratiquement tous les jours. Nous aimions les mêmes choses : le soleil, la mer, la nage, le vent dans les cheveux, marcher pieds nus sur la plage, dans le sable, les sentiers côtiers, le goût des embruns sur la peau, la liberté, la nuit, le jour, les amis, la fête, les airs chauds et enveloppants de l’Amérique du Sud (ma terre natale), le vin rouge, seul alcool que nous aimions, la Londe des Maures, ton paradis qui est devenu le mien (grâce à ton grand cœur), et Jackie, ta belle amie, dont les beaux yeux en disaient long sur l’amour qu’elle te portait.

Tu m’as appris que l’on termine toujours un repas en chanson (tradition familiale), tes mille vies, dans lesquelles j’aimais me glisser, silencieuse, admirative (presque envieuse), l’amour de tes enfants, de tes petits-enfants que tu as emmenés aux quatre coins du monde, celui de ton mari, de tes amours (ils furent nombreux et beaux), celui que tu portais aux artistes et que tu as produits ou programmés (Gilberto Gil, Les Étoiles, Moustaki, Nilda Fernandez, Claude Nougaro, Léo Ferré et tant d’autres) dont tu défendais avec verve, conviction, joie, l’indépendance, l’humanité, l’intégrité et la liberté, surtout.

Tu m’as fait connaître La Londe des Maures, terre bénie des dieux dont je suis tombée amoureuse, totalement, passionnément. Terre de joie, rythmée par le pouls de la fête, de l’amour, qui ne s’arrêtait jamais, avec tes amis, tes amis artistes (Nilda Fernandez, Les Étoiles, Jo…). J’aimais regarder tes photos, qui tapissaient ton antre chaud. On y voyait ta famille, des guitares, des artistes, beaucoup d’artistes, ton grand amour, Bambou, et ton merveilleux sourire, toujours là, reflet des plages dorées de Bahia et du goût salé des Antilles dont tu étais la princesse, l’une des plus belles fleurs. « Ma fleur des Antilles », comme disait Dan Duchateaux, ton grand et bel ami. Dan, qui a tant photographié les artistes que tu aimais et qui figuraient dans le livre (rétrospective en images) des Alizés, toujours serré contre ton cœur, ton cœur battant, comme si tu ne voulais pas la quitter, cette vie.

Cette vie, que tu m’as tant racontée et que j’aimais écouter, en rêvant… Ma belle amie, sais-tu que tu es ma plus belle leçon de vie, avec celle de ma maman, que j’aurais tant voulu te présenter. Tu étais là, en tout cas, lorsque, avec tous mes amis, nous lui avons dit au revoir au rythme des airs dorés sud-américains. Beaucoup de larmes ces derniers jours (partagées avec Jackie, en buvant du vin rouge, au bord de la mer…). Mais dans les airs, Françoise, dans ta belle robe rouge, pieds nus, libre et heureuse, tu chantes, tu danses, tu ondules, avec ton merveilleux sourire, pour l’éternité, et Dieu que tu es belle !… Tant de gens t’aiment, dans le sud de la France et un peu partout dans le monde. C’est ça la vie, comme tu l’écrivais et comme tu le chantais, souvent, à la fin d’un bon repas, toujours accompagné de ponche (que tu préparais avec amour), et de bons vins rouges. En pleurant, je trinque avec toi, et je bénis la vie de m’avoir donné ce beau cadeau : t’avoir rencontrée... Claire Deval

photo: Françoise Miran © Dan Deschateaux. « Mes Alizés, doux vents, doux vents, à la fois languides ou vigoureux, emmenez-moi au bout du monde, aux confins de la terre. Emmenez-moi au firmament, jusqu’aux étoiles, que je puisse guider mes amis, mes enfants, mes amours... »