09 Sep Ryan Wang : un jeune prodige à Six-Fours !
« On n’est pas sérieux quand on a 17 ans« , écrivait Rimbaud. À 17 ans, Chopin composa les Variations sur le Don Giovanni de Mozart. Et à 17 ans, Ryan Wang les jouait avec brio, talent et une apparente facilité. Impressionnant, Ryan Wang a interprété pendant 2h20 des œuvres de ce même Frédéric Chopin, et comme il se doit, sans partition.
Le cadre était sublime : le bleu méditerranéen, découpé à l’horizon par les pins, face à la Maison du Patrimoine, dans ce jardin où Gérald Laïk-Lerda, directeur artistique de La Vague Classique, convie des musiciens triés sur le volet.
Ryan Wang, qui donnait son premier récital à 5 ans seulement au Carnegie Hall, obtenait en 2024 le Prix Cortot et fut sacré la même année « Jeune Musicien de l’année » par la BBC, et remportait au Canada le Grand Prix du Concours national Chopin en 2025, proposa donc tout naturellement à La Vague Classique une soirée entièrement dédiée à Chopin. Le programme, présenté par Monique Dautemer, annonçait : La Polonaise-Fantaisie, les Préludes, la Polonaise héroïque, la Quatrième Ballade, les Mazurkas, la Deuxième Sonate dite » funèbre « , et les fameuses Variations sur le Don Giovanni de Mozart. Soirée éblouissante !
Chopin, né en Pologne, s’installa en France à 21 ans, où il passa la moitié de sa vie. Mort prématurément à 39 ans à Paris, il était déjà reconnu prodige à Varsovie à 7 ans, avec ses premières Polonaises et Mazurkas. Après plusieurs séjours en Allemagne et à Vienne, son destin le mena jusqu’à Londres. Mais c’est à Paris qu’il choisit de s’établir, au sein de l’aristocratie polonaise exilée. Soulignons que Ryan, jeune prodige lui aussi, s’est déjà fixé à Londres, où il a fêté ses 18 ans fin août.
Le soleil se couchait sur la mer, y plongeait ses derniers rayons… Et Ryan jouait toujours !
Lorsque la nuit recouvrit la pinède et le parc, les auditeurs, fascinés, écoutaient dans l’obscurité aussi noire que ses cheveux et son costume. Ryan, imperturbable, faisait virevolter ses doigts sur un clavier désormais invisible. À la fin, il offrit bis sur bis, le sourire rayonnant. Infatigable, passionné, prodigieux… divin, vraiment.
Dans les coulisses, une élégante femme née à Pékin souriait : la mère de Ryan, fière de son fils, qui, avec modestie et humilité, salua le public après avoir offert La Polonaise-Fantaisie. Une œuvre « austère et étrange, où l’on sent l’approche de la rupture avec Sand, page de réminiscence, de passion, d’angoisse et de mélancolie« , avait écrit la musicologue du festival.
Les Préludes, eux, renvoient aux 24 Préludes du Clavier bien tempéré de Bach. Composés à Majorque, dans la cellule n°4 de la chartreuse de Valldemossa, ils forment un grand opus d’une force singulière. Liszt y voyait « la libre et grande allure qui caractérise les œuvres de génie « . Chopin voulait rendre chaque pièce aussi imprévisible que possible, et Ryan en livra une interprétation magistrale.
La Polonaise héroïque, l’une des plus difficiles du répertoire, fut domptée avec maestria, tout comme la Quatrième Ballade, intense et puissante, inspirée d’un poème épique dont Chopin dissimula toujours la source.
Puis suivirent les Mazurkas issues du folklore polonais, la Deuxième Sonate dite Funèbre, et enfin les fameuses Variations sur Don Giovanni de Mozart, créées en 1829 à Vienne. Schumann, les découvrant à Leipzig, écrivit : « Chapeau bas, messieurs, un génie ! » Clara Schumann, elle, témoigna qu’il s’agissait « de la pièce la plus difficile qu’elle ait jamais vue ou jouée« , au point que beaucoup de professeurs la jugent presque impossible à exécuter. Ryan Wang, génie lui aussi, en offrit une version éblouissante, laissant un public médusé, bouleversé et heureux.
Une soirée Chopin mémorable !
photo: Ryan Wang sur scène à Six-Fours © La Vague Classique – Ville de Six-Fours