Au nom du père

Au nom du père

Anthony Passeron, auteur d’un 1er roman multi-primé, Les Enfants endormis, revient nous chavirer avec Jacky, un récit qui s’inscrit toujours dans son histoire familiale mais qui explore ici sa relation filiale avec son père, à travers l’éclosion des jeux vidéo. Un cri d’amour bouleversant qui parle de la transmission, de la difficulté d’être un fils, du mépris de classe, dans un arrière-pays niçois abandonné, et parcouru d’un bout à l’autre par la perte. 

« Mon père a disparu en l’espace de trois consoles de jeux. » Ainsi commence le roman d’Anthony Passeron, fils de Jacky. L’auteur y reprend une forme déjà subtilement employée dans Les Enfants endormis, qui entrelaçait l’histoire de son oncle Désiré au drame des années sida. Celle de Jacky est associée à l’histoire des grands inventeurs de jeux vidéo qui ont marqué la génération des années 80/90. Un choc esthétique, « mon premier rapport à la narration« , et une passion partagée avec le père, dans une cellule familiale en apparence unie, enracinée depuis des générations avec sa boucherie prospère.

Certes, il y a la petite cousine atteinte d’une maladie dont on ne dit pas le nom, les jeunes qui s’emmerdent ferme à Puget-Théniers, l’oncle Yul, figure joyeuse et attachante, et ces moments rares mais si heureux de jeu avec le père. Au fil des paragraphes se dessine l’éloignement du paternel, distance incomprise. La mort peu à peu transpire dans ces pages, silencieuse, honteuse, dans une écriture sobre et touchante. Ce livre, « c’est l’interpellation d’un fils qui a été abandonné par son père et qui, par l’écriture, a retrouvé le seul moyen de lui parler et de se remémorer les grands moments de sa vie de fils. »

Les jeux vidéo ont été pour lui un pare-douleur au mésamour, et une porte vers l’imaginaire et l’écriture. Bien plus tard, à l’université, il entend ce nom devenu commun dans la bouche d’étudiants pour parler de ce « genre de beauf de la campagne qui roule dans des voitures bricolées avec des tas de gadgets à la con (…) D’un coup, je réalise que j’appartiens socialement mais surtout géographiquement aux ploucs en fait. » Jacky est aujourd’hui inscrit en grand sur la couverture. Anthony Passeron y tenait : « Ce roman, c’est une tentative de réhabilitation du père, même s’il a fui.« 

Jacky d’Anthony Passeron (Grasset)