L’art en résistance aux images

L’art en résistance aux images

Peintre, photographe, sculpteur et figure majeure de la figuration narrative, Peter Klasen déploie depuis plus de six décennies une œuvre profondément ancrée dans les tensions de la modernité. À la rentrée, la Médiathèque Colette de Valbonne Sophia Antipolis accueille cet artiste incontournable avec l’exposition Fragmentations du réel, la force des signes.

À travers une esthétique froide, mécanique et hautement construite, Peter Klasen interroge notre rapport aux images, aux objets et à un monde industriel qui modèle nos vies. Né à Lübeck en 1935, il appartient en effet à cette génération d’artistes européens marquée par l’après-guerre, l’essor de la société de consommation et le bombardement visuel des mass medias. Dès ses débuts, il refuse la peinture traditionnelle et s’oriente vers un art résolument engagé, nourri par les influences du mouvement Dada, du Bauhaus et d’une modernité urbaine en pleine expansion.

Arrivé à Paris en 1959, il découvre une ville saturée de publicités, d’enseignes lumineuses, de signalétiques, d’images médicales et techniques : autant de symboles d’un monde fonctionnel, efficace, mais déshumanisé. Fasciné par ce langage visuel sans prétention artistique, il en fait la matière même de son travail. « Ma peinture est profondément liée à l’environnement urbain dans lequel je vis, affirme-t-il. Elle se comprend comme refus, voire dénonciation, d’un monde envahi par les objets et les images qui conditionnent notre quotidien. »

Dans un univers saturé d’images — publicitaires, médicales, médiatiques, sécuritaires —, Klasen ne cherche pas à ajouter de nouvelles icônes : il recycle les signes existants pour en détourner le sens. Il découpe, fragmente, isole, pour mieux révéler l’absurdité ou la violence latente de représentations devenues banales. Ce faisant, il nous contraint à regarder autrement un paysage visuel que nous croyons maîtriser.

À travers son travail, Peter Klasen nous force à voir ce que nous ne voyons plus : les rouages d’un monde devenu système, les signes d’un langage vidé de son sens, les images qui nous conditionnent à notre insu. Un travail aussi nécessaire qu’essentiel, dans un siècle où l’image règne et le sens s’efface.

Jusqu’au 18 oct, Médiathèque Colette, Valbonne. Rens: ma-mediatheque.net

photo: Peter Klasen et Brigitte Broc © DR