10 Sep Mayra Andrade nous ré-enchante
ReEncanto ! Ce ré-enchantement, si beau et pourtant si galvaudé par les politiciens qui le servent à toutes les sauces, c’est Mayra Andrade qui nous l’offre : le 9 octobre au théâtre de Grasse, dans une épure déchirante, presque seule sur scène, avec sa voix et ses langues.
Née à Cuba, par hasard à La Havane, et élevée au Cap-Vert, Mayra Andrade chante d’abord dans le créole de l’archipel — l’un des créoles, car il en existe presque autant que d’habitants ! Moins suave que le portugais du Brésil, moins rauque que celui du Portugal, ce créole garde en mémoire l’Afrique toute proche. Mais à l’occasion, ni le portugais, ni l’anglais, ni le français ne lui font peur.
La chanteuse reprend ainsi des rythmes traditionnels, des mélodies immémoriales bercées par la morna, mais aussi d’autres chants nourris de son nomadisme. Sa voix, profonde et volontiers grave, sait soudain s’élancer dans les aigus en soupirs travaillés par l’expérience. Elle joue avec son corps, se déploie savamment. À ses côtés, Djode Almeida, son guitariste, est un compagnon discret et essentiel : rythmique infaillible, harmoniste caressant, soutien fraternel.
Puis il y a ce ferrinho, percussion métallique frottée qui rappelle de loin le guiro brésilien, dont Mayra ponctue ses chansons avec malice. Les histoires se succèdent (Storia, storia…), sans oublier le monde où nous vivons (Vapor di imigrason). On en ressort réellement enchanté, plus sensible encore aux bonheurs et aux blessures du monde et des gens.
9 oct, Théâtre de Grasse. Rens: theatredegrasse.com
photo: Mayra Andrade © Fabrice Bourgelle