Mémoire sentinelle

Mémoire sentinelle

Dans une dédicace, Patrice Delbourg parle de Mémoire sentinelle, son recueil de poèmes, comme « d’une bande-annonce d’une époque choyée, avec ses illusions, ses arrangements, ses déboires…« 

À travers un enchaînement de courts textes, où s’intercalent les illustrations inspirées et superbes de Michel Joyard, Patrice Delbourg évoque, pêle-mêle : Michel Jazy, la grande équipe du Stade de Reims, l’accident mortel d’Albert Camus, les vocables mystérieux de la météo marine, la « photo du siècle » d’avril 1966 par Jean-Marie Perrier, la catastrophe du Torrey Canyon… Autant de noms, d’événements qui parlent aux enfants du baby-boom, mais que d’autres, moins âgés, pourront découvrir en quelques mots.

Répartis en cinq chapitres, les poèmes puissants, cinglants, mais aussi souvent chaleureux, sont parsemés de jeux de mots, le péché mignon de l’auteur : « la ballade du soda« , « Kant à soi« , « la marée était en noir« , « le coma des mortels« , et j’en passe, pour que le lecteur puisse les savourer.

Incorrigible pêcheur de perles d’écriture, Patrice Delbourg nous intrigue avec : « dictame« , « échauguette« , « scorsonère« , « virevousser« , « lantiponner« , ou encore « rogomme« , le tout au fil de considérations et confidences (confessions ?) à la 3e personne. Sans oublier quelques affirmations sur le besoin d’écrire et comment le faire : « Un écrivain qui ne martyrise pas les méninges de son lecteur ne présente aucun intérêt dans l’histoire de la littérature« . Et aussi : « On se sent moins mortel quand on aligne les mots élus sous l’olivier« . Ou encore : « Pour vieillir à feu doux, une seule formule : surtout ne jamais lâcher la plume, rien ne peut vous arriver quand l’encre circule sur ramette. »

Après avoir été récompensé par le Prix Max Jacob (1983), et le Prix Apollinaire (1995), Patrice Delbourg, qui a publié plus de 60 romans, essais, recueils de poésie, a reçu en 2024 le Prix Théophile Gauthier de l’Académie Française, pour Le singe du side-car publié chez Castor Astral. Il avait déjà publié, chez Ichnos, La cordillère des ondes, également illustré par Michel Joyard.

Mémoire sentinelle de Patrice Delbourg et Michel Joyard (Éditions Ichnos)